Administrateur général de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), Xavier de Cuyper vit aux premières loges les réalités de la crise sanitaire. Pour lui, le secteur des soins de santé en Belgique a bien réagi, mais doit déjà tirer des enseignements pour l’avenir. 

Xavier De Cuyper, comment décririez-vous le rôle de l’AFMPS lors de la crise sanitaire ?

« L’AFMPS a toujours été très active dans son domaine de compétence, que sont les médicaments et produits de santé. Nous essayons d’assurer que tous les patients
— COVID et non-COVID — aient accès au traitement dont ils ont besoin. Nous participons à une série de groupes de travail afin d’y apporter notre expertise. En réduisant les délais de validation des dossiers de demandes d’autorisation, nous soutenons également la recherche de traitements et vaccins contre la COVID-19, ainsi que le développement des essais cliniques. Nous effectuons des centaines de contrôles et d’inspections pour garantir la conformité et la sécurité des médicaments et produits de santé, notamment ceux indispensables dans la lutte contre la COVID-19. Enfin, nous préparons l’avenir. Notamment en nous assurant d’avoir les stocks de médicaments et de produits de santé de qualité nécessaires pour la suite éventuelle de l’épidémie. »

Nous effectuons des centaines de contrôles et d’inspections pour garantir la conformité et la sécurité des médicaments.

Vous êtes impliqué dans les négociations, à échelle européenne, avec les éventuels producteurs du vaccin contre la COVID. C’est une grosse responsabilité ?

« Je dirais que notre responsabilité envers les citoyens est constante, qu’on soit ou non en période de crise. Nous tenons à rester professionnels en toute circonstance. Ces négociations sont une énorme responsabilité, mais font partie de mes fonctions. Évidemment, la situation sanitaire dans son ensemble demande un investissement particulièrement intense de ma part et de celle de mes équipes. Cela concerne le bien-être des citoyens et la santé publique, qui sont deux priorités pour notre agence. »

Pensez-vous que les négociations autour du vaccin sont un moment clé pour la notoriété de l’AFMPS, tant au niveau national qu’européen ?

« En soi, l’AFMPS n’a pas pour but d’acquérir de la notoriété. En revanche, nous souhaitons être le plus transparent possible sur nos tâches et responsabilités, notamment vis-à-vis du grand public et de nos partenaires. Ces négociations sont donc l’occasion de montrer le sérieux avec lequel nous traitons nos dossiers. Pas dans un but de notoriété, mais bien de confiance et de reconnaissance de nos compétences en tant qu’autorité de référence en matière de vaccins. »  

Comment vos équipes vivent-elles cette période intense ? Sont-elles toutes mobilisées ? 

« Toutes nos équipes sont mobilisées et répondent présentes. L’agence est fière de l’efficacité et du professionnalisme de ses collaborateurs face à une telle masse de travail. » 

De manière générale, le secteur de la santé en Belgique était-il préparé à vivre une telle crise ? 

« Globalement, oui. Certes, nous avons tous été surpris du manque de connaissance sur le virus, ainsi que par l’étendue planétaire et la rapidité à laquelle il s’est répandu. Mais la qualité de notre secteur de santé a permis d’apporter rapidement les réponses nécessaires à la crise. »

Dans quelle mesure une crise sanitaire majeure impacte-t-elle l’activité normale du secteur ? 

« Il est difficile de répondre pour le secteur. Mais, à l’agence, il est évident que répondre à la crise sanitaire est parmi nos priorités principales. Nous n’en négligeons pas pour autant nos autres responsabilités, ce qui a pour conséquence une mobilisation intense des équipes. »

Cela va-t-il retarder la recherche sur d’autres médicaments et traitements importants ?

« Non. Il faut rester confiant, particulièrement dans un pays comme le nôtre, qui est un pays ’’pharma’’, c’est-à-dire avec une importante activité pharmaceutique. » 

Selon vous, dans un tel contexte, vaut-il mieux jouer la carte de la solidarité ou de la compétition au sein du secteur ? 

« En tant qu’autorité publique, l’AFMPS ne se positionne pas comme ’’en compétition’’ avec qui que ce soit. Dans ce contexte ou un autre, nous privilégions toujours la solidarité et la collaboration. C’est ainsi que nous rendons le meilleur service à la population et à nos partenaires. »

En période de crise, l’information du grand public est quelque chose d’important, mais aussi de délicat. Comment trouver le juste équilibre ? 

« L’AFMPS a une politique de transparence : nous communiquons toute information utile au grand public et aux autres partenaires. Ces informations doivent être claires, précises et pertinentes. Elles sont systématiquement validées par les experts dans la matière concernée. »

Plus précisément, quel rôle l’AFMPS doit-il jouer en matière de communication ? 

« Le rôle de l’AFMPS en matière de communication externe est d’informer le grand public et les autres partenaires externes sur les enjeux majeurs concernant la qualité, la sécurité et l’efficacité des médicaments et produits de santé. Cela se traduit notamment par des réponses transparentes aux questions de la presse, des réponses claires et fiables aux questions citoyennes et par une participation à des campagnes d’information sur des enjeux de la santé publique. »

Existe-t-il déjà des leçons à tirer d’une telle crise pour le futur du secteur ?

« Oui, bien sûr ! Entre autres sur l’organisation de la crise, et sur la dépendance de l’étranger pour certains produits. Je pense par exemple au matériel de protection, tel que les masques. »

Selon vous, ce genre de crise va-t-il se répéter dans le futur ? 

« C’est impossible à prédire. En revanche, une chose est sûre : à l’AFMPS, nous allons tirer tous les enseignements possibles de cette crise pour pouvoir réagir plus efficacement encore si une situation similaire se présente. »