Un point commun entre les Régions de notre pays ? Elles hébergent toutes les trois des entrepreneurs ambitieux et créatifs. Nous en avons donc rencontré trois pour comprendre si des nuances existent entre la Flandre, Bruxelles et la Wallonie.

Georges De Feu.
CEO de LynxCare, scale-up
spécialisée dans le traitement de données en milieu hospitalier  

Selon vous, quelles sont les qualités de l’entreprenariat dans votre Région ? 

« Chez les jeunes en tout cas, je n’ai pas l’impression qu’il y ait vraiment une différence entre les entrepreneurs flamands et ceux des deux autres régions. Je suis flamand, mais je vis à Bruxelles, et j’observe les mêmes traits de caractère. Un entrepreneur, c’est selon moi quelqu’un qui voit les choses sous un angle différent et veut fondamentalement les faire changer, évoluer. C’est aussi quelqu’un de têtu, qui aime le challenge et veut faire grandir son initiative. C’est un état d’esprit qu’on retrouve partout, peu importe la région d’origine. Finalement, les différences sont plus marquées entre les entrepreneurs et les «non-entrepreneurs», qu’entre entrepreneurs issus de régions différentes. » 

Pensez-vous qu’il y règne une culture de l’entreprenariat suffisamment forte ? 

« En Flandres, on aime ériger les entrepreneurs en modèles. Des personnalités émergent ainsi, grâce à l’attention des médias et à une forte présence sur les plateaux TV. Cette particularité a évidemment des bons côtés, même si je trouve qu’on a tendance à se focaliser plus sur les personnes que sur leurs projets. Il faut aussi souligner que la Flandre est composée d’un important tissu de PME. Il faut le protéger, car ces PME sont des lieux de créativité et de dynamisme, mais aussi d’apprentissage. J’ai personnellement appris beaucoup au sein du petit réseau de pharmacies géré par ma mère. Certainement plus qu’à l’école où l’entreprenariat est une matière optionnelle, ce que je déplore. » 

Estimez-vous recevoir un soutien et des aides adaptés à vos défis d’entrepreneur ? 

« C’est sûr qu’il existe un bon environnement dans le nord du pays. Mais j’ai parfois l’impression qu’on en fait de trop, ou en tout cas qu’on ne s’y prend pas comme il faut. Je trouve par exemple que les autorités dépensent beaucoup trop d’argent pour des organisations de conseil. Il y a trop de conseillers pour tout, et qui ne laissent même pas les jeunes entreprises connaître l’échec, alors que ça peut être très bénéfique. Je crois que l’argent serait mieux utilisé dans l’aide au lancement, sous forme de capitaux de départs.  Je pense également qu’il faut plus d’aides pour permettre aux entreprises de grandir à l’échelle européenne, car c’est une opportunité fantastique. » 

Thierry Tacheny.
CEO d’Invineo et créateur d’un système de distribution de vin au verre intelligent et connecté

Selon vous, quelles sont les qualités de l’entreprenariat dans votre Région ?

« Tout d’abord, je parlerai de quantité car il y en a. Ensuite je dirai qu’il y a une véritable intelligence et beaucoup d’agilité au sein de nos startups. Nous n’avons aucun complexe d’infériorité à développer par rapport à nos voisins. En revanche, parce que l’accompagnement de nos projets est proportionnel à la taille de notre «petit» écosystème financier, nous souffrons souvent d’un déficit au démarrage par rapport à nos voisins français ou allemands. Cela nous force à inclure rapidement une dimension internationale à nos projets. Ce qui peut faire peur, mais je pense que nos entreprises en retirent rapidement une plus grande agilité et une plus grande efficacité. »

Pensez-vous qu’il y règne une culture de l’entreprenariat suffisamment forte ?

 « Les choses ont beaucoup changé au cours de ces dernières années. Il y a une émulation nouvelle qui agite le territoire. La communauté des entrepreneurs wallons connaît de nombreux changements : elle grandit vite, essaime et décomplexe les talents. On voit désormais des «licornes» locales ou de grosses levées de fonds qui se signent ; tout cela accélère le mouvement.  Et puis, bien sûr, les clichés tombent : la Wallonie un peu endormie qui sort difficilement de son passé industriel, ce n’est plus d’actualité. Nous surfons sur un renouveau, une dynamique nouvelle. »

Estimez-vous recevoir un soutien et des aides adaptés à vos défis d’entrepreneur ?

« L’écosystème d’accompagnement grandit également. En Wallonie, les aides existent et sont mieux structurées. Il y a plusieurs niveaux d’intervention, et on sent que les relais entre ces niveaux s’installent. Par ailleurs, à côté des investisseurs privés, l’administration et le monde politique sont à l’écoute.  Mais attention : dans ce système, la persévérance et l’opiniâtreté sont des nécessités pour l’entrepreneur. Il faut bouger, se montrer, tenter sa chance plusieurs fois, frapper souvent aux portes et être patient. Les processus de décisions et les négociations restent longs. D’où, l’importance d’une communication talentueuse et celle de rapidement s’entourer d’une équipe multilingue. »

Céline Bouton.
directrice associée de LITA.co, plateforme d’impact investing

Selon vous, quelles sont les qualités de l’entreprenariat dans votre Région ?

« Je vois deux types d’entrepreneurs. D’un côté, le monde des startuppers. Chez eux priment l’audace et la capacité à bien s’entourer. Ils sont persévérants et connaissent la vie mouvementée d’entrepreneurs qui veulent aller vite et loin. En parallèle, et surtout à Bruxelles, où l’on compte 62 % d’indépendants d’origine étrangère, un autre type d’entrepreneuriat existe, moins visible. Pour ces personnes, l’entrepreneuriat est davantage une porte de sortie de la précarité ou une nécessité de vie. Elles n’ont souvent pas de bagage professionnel ou de diplômes universitaires mais beaucoup de volonté. Chez eux, il s’agit plus de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. »

Pensez-vous qu’il y règne une culture de l’entreprenariat suffisamment forte ?

« De plus en plus en effet ! On voit éclore des cours spécifiques dans les écoles ou les universités. Les étudiants sont de plus en plus formés à des logiques entrepreneuriales. Des initiatives comme JobYourself ou la Smart permettent d’entrer doucement dans ce monde en testant son activité. Mais je pense que la culture de l’entrepreneuriat fait encore peur. On perçoit encore surtout les contraintes administratives, les frais et les taxes que le statut engendre. D’un autre côté, l’entreprenariat social prend aussi beaucoup d’ampleur car les gens cherchent du sens à ce qu’ils font. Ils ont acquis un bagage dans le monde de l’entreprise et décident de le mettre au service d’une cause qui leur tient à cœur. » 

Estimez-vous recevoir un soutien et des aides adaptés à vos défis d’entrepreneur ?

« Oui, notamment au niveau de la région Bruxelles-Capitale où nous sommes bien lotis. Des structures telles que Hub.Brussels, le 1819, MyBusinessPass ou le Réseau Entreprendre permettent de trouver soutiens, conseils et financements. Il y a également énormément d’événements autour de l’entrepreneuriat ou d’endroits où se retrouver et travailler. Les soutiens viennent autant du public, que des réseaux d’entrepreneurs et du grand public à travers la «smart money», via le crowdfunding par exemple. En matière d’entrepreneuriat social, beaucoup de choses ont émergé ces dernières années : Coopcity, LITA.co, BeCircular, Solifin, la Beescoop, etc. Le terrain est propice à créer de belles entreprises. »