Agilité et responsabilité soci(ét)ale sont deux notions au top dans l’univers entrepreneurial. Mais sont-elles compatibles ? Suivant que l’on s’appelle Kazidomi, VO-Event ou COOPCITY, leur combinaison est à géométrie variable. 

Elles sont devenues incontournables en entreprise. D’une part, l’agilité pour coller, dans sa production et son fonctionnement, à un environnement commercial hyper volatil, incertain, complexe et désormais sous influence Covid. D’autre part, la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) : l’alignement par les sociétés de leur gestion globale sur des principes environnementaux, sociaux et économiques pour améliorer en continu leur impact sur la société et la planète. 

Être responsable, c’est d’abords être agile

Encore faut-il faire matcher ces deux principes. Et là, point de recette toute faite. à chaque secteur, son approche. Prenons la société Kazidomi, success story du foodtech made in Belgium avec comme leitmotiv de « rendre accessible un mode de vie sain pour tous » à travers des gammes de produits responsables aussi bien alimentaires, cosmétiques que d’entretien. Mais, sa politique RSE va au-delà. Elle se traduit en logistique, dans l’utilisation de matières recyclables, dans le recours à des producteurs locaux, mais aussi dans le bien-être de ses employés encouragés à vivre « plus responsable ». 

« Penser cette approche RSE dans sa globalité nécessite de l’agilité », assure Emna Everard, la CEO de Kazidomi. « Être une entreprise agile consiste à être capable de vite rebondir, à ne pas se coincer dans des paradigmes non-testés au préalable. C’est aussi se concentrer sur des manières d’opérer découpées en cycles courts pour cultiver rapidement les fruits du travail accomplis. Rendre agiles tous ses processus est tout à fait compatible avec une société qui se fixe une mission sociétale et relève les défis nouveaux avec les solutions les plus innovantes. »

Une “agilité responsable” peut exister mais à condition d’être pensée collectivement, et pas seulement dans un but de profit.
— Sabrina Nisen – COOPCITY

Avec quelques paradoxes à régler : « nos adhérents sont de plus en plus demandeurs de solutions durables pour les emballages, les livraisons, etc. Mais ils recherchent aussi le meilleur prix, ce qui complexifie la transition vers des solutions durables notamment s’il faut se fournir ailleurs dans le monde. L’important est aussi de disposer d’un outil permettant en permanence de mesurer son impact RSE, pour, de manière agile, rectifier le tir si nécessaire », explique Emna Everard.

Monitorer pour mieux réagir

Bien des secteurs s’efforcent de suivre cette logique associant responsabilité mesurable et agilité de réaction. Par exemple, le groupe VO-Event a initié depuis 2018 une politique RSE dans l’organisation de ses événements. Avec mise en place d’un outil de reporting RSE. Une sorte de check list par événement pour le rendre le plus vertueux possible.  D’autre part, un volet « durable » est intégré à toute proposition faite à ses clients. Puisqu’un événement aura toujours une empreinte écologique, VO calcule systématiquement pour chacun sa compensation financière « carbone », assumée soit par le client, soit partiellement par VO-Event. Chaque événement (public ou corporate) étant unique, l’agence a redoublé d’agilité. 

Agilité et gouvernance démocratique, antinomique ?

Dans l’univers de l’économie sociale, agilité, RSE, productivité ont néanmoins une autre résonance. Sabrina Nisen, coordinatrice de COOPCITY, pépinière bruxelloise pour entrepreneurs sociaux, doute du « principe de RSE aux critères extra larges et non-contraignants » dont se gargarisent de grosses sociétés. « Ce label à la mode est en deçà des réalités socio-économiques, culturelles et environnementales de la Belgique », affirme la responsable. « En revanche, les entreprises suivant nos formations COOPCITY sont, de par leur finalité sociale, des structures qui poussent déjà plus loin et naturellement une dynamique RSE. Elles sont à fond dans le concept d’impact social – sur la société, sur les usagers et clients – évalué en regard des actions et pratiques des sociétés. » Le terme « agilité » n’a pas non plus la cote en milieu d’économie sociale. « Nous nous référons plus à une gouvernance démocratique, à l’autogestion sous forme de coopératives, d’organisation horizontale. Oui, une “agilité responsable”  peut exister mais à condition d’être pensée collectivement. Pas seulement pour le profit. »