Pendant cette crise sanitaire, dont les effets sont plus que jamais visibles sur des pans entiers de l’économie, un mot est revenu fréquemment, voire frénétiquement : l’agilité des entreprises ! C’est-à-dire leur capacité à réagir rapidement aux changements brusques de conjoncture ! Pour ce premier podcast, nous avons tendu notre micro à Pierre Hamblenne, fondateur de J&Joy.

 

L’agilité est devenue un enjeu pour les entrepreneurs !  Alors qu’est-ce que c’est exactement ? En quoi l’agilité est un vrai mode de fonctionnement ? De quelle façon cela peut aider les entrepreneurs et leurs collaborateurs à surmonter les obstacles, les difficultés et les crises ? C’est le sujet du 1er podcast de notre toute nouvelle série Ô Summum ! Plus qu’un Manuel de l’entrepreneuriat, ce podcast donne la parole à des entrepreneurs bien inspirés, pour éclairer le chemin d’autres, fait du même bois : les entrepreneurs bien sûr ! Que vous soyez pré-starter, starter, bien avancé ou confirmé, écoutez-les y raconter et analyser leurs échecs et leurs réussites ; adoptez leurs conseils pro, perso et techno ; découvrez leur regard sur un aspect de l’entrepreneuriat et leur vision de l’avenir !

 

 

Et la première voix à écouter est celle de Pierre Hamblenne, fondateur de la marque de prêt-à-porter J&Joy. Son aventure a commencé il y a 13 ans, alors qu’il était encore étudiant à HEC (Liège).  Pour un cours de marketing, il imagine un produit déclinable à l’infini, sans se douter alors de ce qui l’attend. « L’idée c’était de créer une gamme de polo pour hommes, qui allait vraiment se démarquer de ce qui existe sur le marché. Moi-même, j’en étais un grand adepte au quotidien, et j’étais assez frustré de constater qu’on ne trouvait sur le marché que des gammes de polo bleu marine, noir, gris ou blanc ; unis, sans aucune originalité, si ce n’est le logo de la marque. J’avais envie de pouvoir apporter quelque chose de différent sur le marché. »

J&Joy en quelques chiffres :

À tout juste 33 ans, ce Waremmien est désormais à la tête d’une belle équipe d’environ 25 personnes.

    • Environ 6 millions de CA
    • 400 m2 d’openspace, 2500 m2 de hall logistique et 40 m2 de Showrooms
    • 200 000 pièces vendues par an, soit une toutes les 45 secondes !
    • + de 300 distributeurs multimarques dans 10 pays différents
    • 5 boutiques monomarques, dont une toute nouvelle en France (Lille)

On partage avec vous quelques extraits de l’interview !

  • L’agilité sous la Covid-19

[16:24] « La période du Covid, que l’on vient de vivre et que l’on vit toujours, a été, à mon sens, un bel exercice d’agilité. Si on se replonge aux alentours de la mi-mars 2020, que le virus est devenu une priorité européenne absolue, que tout le monde ne parlait plus que de cela, qu’on a commencé à fermer les boutiques, qu’on a imposé la fermeture des bureaux etc, il a été très important, notamment en interne de pouvoir s’adapter très rapidement pour pouvoir continuer à travailler. Mais aussi en matière de business, d’opportunité et d’adaptation, de pouvoir réagir pour, à tout le moins, sauver les meubles pendant une période d’une durée inconnue. Puisque mi-mars, personne ne savait pendant combien de temps on allait être confiner. [A J&Joy], on est très vite aller lire ce qui était possible et recommandé en termes d’organisation du travail. Pour moi, l’agilité, c’est d’être capable de s’adapter, de rebondir, de réfléchir et de changer en le moins de temps possible, tout en gardant en tête la ligne de mire initiale et l’ADN de l’entreprise. »

[19:33] « La ville de Liège, la plus grosse ville à proximité de Waremme, nous a appelé mi-Avril en nous demandant de l’aide pour préparer au déconfinement. Ils voulaient fournir à l’ensemble de la région liégeoise, soit environ 600 000 habitants, deux masques par personnes pour la fin du confinement dont on ne connaissait pas encore la date. Ils avaient commencé à concevoir des masques en tissu avec des couturières indépendantes, mais assez rapidement, ils se sont rendu compte que fabriquer 1,2 million de masques au travers de couturières indépendantes travaillant chacune à domicile, ça ne serait pas possible. Ils nous ont donc demandé de l’aide, en tant qu’entreprise dans le textile, ayant un savoir-faire, ayant des connaissances en production. En 48h, nous avons développé 10 prototypes différents dans des usines en Europe avec lesquelles nous travaillons. Ces 10 prototypes ont été testés dans le plus gros hôpital de la région quand on les a reçus ; le soir même des tests, on recevait les résultats et on savait vers quel prototype se diriger. En peu de temps, avec nos partenaires producteurs en Europe, on a mis en place une chaîne de production et fabriqué 2 millions de masques en tissu, qu’on a fourni à quelques 80 villes et communes de Wallonie. Ce n’est pas notre métier, et on ne veut pas que ça le devienne. Nous ne sommes pas des fabricants de masques. Mais on a été très contents de mettre à profit notre expérience, notre savoir-faire, notre network. »

  • Instaurer l’agilité

[22:19] « On est dans une boîte où on écoute toujours tout le monde, peu importe le sujet. Par exemple, notre collègue Adiola, qui s’occupe plutôt de tout ce qui est comptabilité et rappel client, donc plutôt un poste assez formel, participe à des brainstormings avec le département marketing ou même avec le département styliste. Donc c’est très enrichissant pour elle, qui a souvent de bonnes idées, et c’est enrichissant pour ses collègues, pour avoir d’autres points de vue : quand on a trop la tête dans le guidon, on perd un peu le fil de ses idées. On a une manière de travailler ensemble où on est beaucoup dans le partage et sur l’intelligence collective. »

[25:13] « Je m’informe beaucoup, je lis beaucoup de choses sur le web, je lis beaucoup de magazines, aussi bien spécialisés business que portés sur la mode. Je suis de nature très curieuse, et régulièrement, j’ai des amis, des connaissances, ou même des personnes que je rencontre via différents canaux, qui travaillent dans des secteurs totalement différents du mien. Je suis toujours très curieux de leur poser des questions : pourquoi ? Comment ? Et vous ? Etc. Même si ça n’a rien à voir notre métier, je trouve qu’on a beaucoup de choses à apprendre des autres à travers le partage d’expériences. »

  • Tech & Tools : les tips de Pierre

[27:54] « Quelque chose qui a changé et amélioré la communication dans l’équipe, c’est l’application Slack. Sinon j’utilise beaucoup les petits drapeaux dans outlook pour gérer mes mails. Et surtout… l’agenda synchronisé ! Et en dernier, les notes dans mon téléphone: si je regarde maintenant, j’ai 1 551 notes, depuis un an et demi que j’ai mon téléphone. Donc je prends très régulièrement des petites notes, y compris pendant la nuit parfois. Quand j’ai peur d’oublier une idée, je prends en notes des mots clés pour pouvoir y repenser le lendemain. Voilà des petites astuces qui me sont utiles au quotidien. »

  • L’avenir du secteur

[29:40] « Je pense que l’époque où l’on pouvait dire que les choses étaient vraies pendant 5 ou 10 ans est un temps révolu. Et je pense que de manière permanente et de plus en plus régulière, il est important de se re-challenger, de se poser des questions, de ne pas hésiter à prendre un virage qui n’était pas prévu initialement pour pouvoir s’adapter et survivre au monde qui évolue. »

[30:28] « Le commerce va évoluer : le commerce physique va évoluer, le commerce online aussi. Mais l’un ne pourra pas vivre sans l’autre. Donc notre politique, notre stratégie, c’est d’aller vers un développement omnichannel, où on a une présence évidemment sur le web, mais aussi dans des boutiques physiques, qui sont plus petites qu’avant, mais qui ont plus d’emplacements géographiques. Tout cela pour converger vers une meilleure notoriété de la marque, une meilleure connaissance du produit, une meilleure expérience client aussi. Peu importe que l’on achète en ligne, on pourra rendre en boutique. Si l’on achète en boutique, on pourra renvoyer en ligne. [On imagine] une expérience client à 360°, quelque soit le canal de distribution. Un mix sans frontière, sans couture, sans encombre et très fluide entre l’offline et l’online. Un mix entre le commerce online et le commerce physique beaucoup plus marqué que maintenant. Mais ni l’un ni l’autre ne disparaîtra. »