Thorgan Hazard a beau être une star du football belge, il n’en reste pas moins un jeune homme dévoué aux siens. Interview-portrait d’un sportif jonglant entre football, biberons et vie de famille.

Quel genre d’adolescent étais-tu ?

« Je suis très vite parti de la maison pour Lens, en France, vers mes 14 ans. Jusqu’à mes 18 ans, j’y ai vécu en centre de formation. Et même si on était bien encadrés, j’ai été très vite livré à moi-même. Du coup, j’ai rapidement créé de belles affinités avec les joueurs que j’y ai rencontrés. L’ambiance était excellente comme la solidarité entre nous ! D’ailleurs quand quelqu’un faisait une bêtise, on était tous derrière lui… On était tous punis (rires). Mais cette solidarité, c’est aussi une valeur qui était encouragée par le club. On est restés tous en contact et on se remémore d’ailleurs souvent les bons souvenirs. »

Ta vie en tant qu’étudiant a donc vite été chamboulée…

« Effectivement, ce n’était pas facile parce qu’avec les compétitions et les matchs, je ratais parfois des semaines d’école. Donc à l’époque, je suivais des cours par correspondance. » 

Étais-tu un bon élève ?

« Franchement, je crois que j’étais bon, oui ! Je n’ai jamais doublé, j’avais des bons points et je n’ai jamais raté une année. J’écoutais attentivement durant les cours et ça, c’était un avantage parce que c’était déjà 50 % du travail de fait. Mais lorsque les choses se sont accélérées pour moi dans le football professionnel, c’est devenu plus compliqué. J’ai commencé à faire des tournois avec la sélection belge et je n’ai pas pu passer mon Bac en juin. Je devais suivre des rattrapages et attendre pour le repasser alors que ma carrière décollait tout doucement. J’ai du faire un choix. Et ça a été le football ! »

Est-ce que tu le regrettes ?

« C’était un pari parce que je ne savais pas si ça allait bien marcher pour moi au niveau sportif. J’ai trouvé ça un peu dommage parce que je savais que mes parents trouvaient mes études importantes. »

Tu as quitté le centre de formation de Lens à 18 ans et ensuite que s’est-il passé ?

« Je suis parti vivre en appartement. J’étais jeune mais c’était un bon test. Ça m’a plongé directement dans la vie qui m’attendait. Ma femme, que j’ai rencontrée à 15 ans, m’a très vite rejoint tout en continuant ses études de photographe. Du coup, j’ai pu concilier ma vie professionnelle et ma vie sentimentale sans problème. » 

Et deux ans plus tard, vous n’étiez plus seulement deux…

« Tout à fait. Je suis devenu papa ! Là encore certaines personnes trouveront que c’est jeune. Mais quand tu te sens prêt, tu es prêt. On se connaissait depuis longtemps et on avait envie de se lancer dans cette superbe aventure. Et puis, plus jeune tu as des enfants, plus longtemps tu peux profiter de ce qu’ils t’apportent ! Mon premier job, c’est d’être un mari et un papa. »

Je vais casser un mythe, mais on ne parle pas toujours de foot en famille.

Comment se déroule une journée type dans ta vie ?

« Les journées sont toutes différentes. Mes semaines sont rythmées par les matchs. Je peux en avoir un, deux voire trois en période de Coupe d’Europe. Les entraînements et la récupération avec le kiné sont primordiaux. À côté de ça, pour moi, une journée type commence toujours par un bon café (rires)… c’est essentiel ! Ensuite, je dépose les enfants à l’école et je vais au club jusqu’à ce que j’aille les chercher. Puis, je rentre à la maison. Bon pour le moment, ce n’est pas toujours évident avec quatre filles dont deux bébés. On jongle entre les biberons et les mises au lit. Puis, quand les deux petites sont au lit, on regarde un film avec les plus grandes. »

Le confinement t’a permis de faire plus de choses du coup…

« Effectivement, ça a été le point positif de cette période. J’étais plus à la maison qu’au foot. Et puis en Allemagne, on a été moins confinés qu’en Belgique. Mais encore une fois, arriver à trouver de nouvelles activités pour occuper les enfants quand on ne peut plus vraiment sortir de chez soi, c’est compliqué. Surtout s’il pleut et qu’on ne peut pas aller dans le jardin. Heureusement, on a beaucoup été aidés par le club de Dortmund qui voulait que l’on se sente le mieux possible. Parfois, le club nous offrait un grand chef pour venir cuisiner à domicile ou faisait les courses à notre place pour ne pas qu’on ne prenne de risques. »

A quoi ressemble une réunion de famille chez les Hazard ?

« Malheureusement, il n’y en a pas beaucoup. Et il manque souvent un membre de la famille quand on en organise une. Mais je dois bien avouer que c’est souvent le bordel (rires) ! C’est souvent pendant la période des fêtes, pendant l’été ou pour les anniversaires. Si on doit faire 4 heures de route pour se retrouver, on mord un peu sur sa chique mais on est contents de se retrouver. Et je vais casser un mythe, mais on ne parle pas toujours de foot (rires)… On parle de nos enfants et de beaucoup d’autres choses, d’autant plus qu’on ne se voit pas beaucoup. La plupart du temps, on s’appelle avec les parents. On a aussi un groupe WhatsApp avec mes frères et on joue parfois ensemble à la PS4 à distance. » 

Y avait-il de la rivalité entre les trois frères Hazard quand vous étiez jeunes?

« Oui ! Mais toujours par rapport aux jeux justement. Que ce soient les jeux de société ou quand on jouait dans le jardin. Il faut savoir que j’étais un râleur et que je suis très compétition. Je veux toujours gagner. Avec Kylian, on se tapait aussi un peu parfois dessus (rires). Mais il n’y a jamais eu de jalousie mal placée entre nous. » 

À ton âge, as-tu toujours une idole ?

« Eden, évidemment ! J’ai deux ans de moins que lui donc je l’ai toujours suivi quand on était jeune. Tous les week-ends, j’allais le voir jouer à Lille. C’était un régal! J’essaie encore de m’inspirer d’Eden et de suivre ses traces même si ce n’est pas évident. »

Peut-être, mais c’est avec lui et avec toute l’équipe de Belgique que vous allez nous ramener la Coupe d’Europe…

« (Rires) Le tout est d’abord de savoir si on va la jouer cette compétition ! Pour certains, vu l’équipe qu’on a, ça parait facile. En tant que joueurs, on sait qu’il y a des tas de paramètres qui entrent en jeu, sans compter la chance ! Mais si on y va, on sera là pour gagner. C’est le moment  ! »