Organisées le mercredi après-midi, le week-end ou durant les vacances scolaires, les activités extra-scolaires ont un impact positif sur le développement des enfants. A condition, toutefois, de bien les choisir et de ne pas en abuser. Explications de nos experts.

Alice Quetstroey.
Psychologue clinicienne

Les activités extra-scolaires sont-elles importantes ? Pourquoi ?

« Elles jouent un rôle favorable pour la santé et le bien-être général du jeune et participent de manière positive à son développement. Le développement psycho-social, qui concerne les relations, les émotions, la personnalité. Le développement cognitif, qui désigne la capacité d’apprendre, de communiquer, de résoudre un problème, de créer. Et le développement bio-social, lié à la santé, à la croissance, donc plutôt à la sphère corporelle. Trois domaines qui s’influencent les uns les autres. Les activités extra-scolaires sont d’autant plus importantes pour les jeunes d’aujourd’hui qui accordent une grande place aux écrans, des outils qu’ils utilisent parfois de manière abusive, allant jusqu’à mettre leur santé en danger. »

Comment bien choisir les activités extra-scolaires de sa progéniture ?

« Les besoins de l’enfant varient en fonction de l’âge et du stade de développement dans lequel il se trouve. À 8 ans ou à 14 ans, par exemple, les besoins sont différents. Il convient de penser aux bienfaits de l’activité par rapport à ces dimensions, mais il aussi à l’épanouissement personnel du jeune. Il lui faut une activité qui lui procure un bien-être au niveau du corps, de l’esprit, mais aussi avec l’autre et le monde qui l’entoure. Pour cela, les parents doivent aussi veiller à se défaire de certains préjugés ou fausses croyances. Le but est de trouver l’activité qui satisfait d’abord l’enfant, avant de satisfaire les parents. Beaucoup de parents tendent à s’écouter eux-mêmes plus qu’ils n’écoutent leur enfant. »

Et à la maison, est-il indispensable de stimuler les enfants et ados ? De quelle façon ?

« Être stimulé est un besoin pour le développement, le bien-être et la santé de l’enfant. Notamment via le jeu. Dès la naissance, l’enfant a besoin de jouer. C’est aussi important que de manger ou dormir. Cela a un rôle fondamental dans les apprentissages, que ce soit au niveau physique que psychique, cognitif, affectif, social…. Mais aussi pour la vie future, l’autonomie, l’estime de soi, la confiance. Les jeux peuvent avoir lieu à la maison, mais aussi dans le jardin, dans le quartier, chez le voisin… N’oublions pas, toutefois, que les enfants sont bien plus créatifs qu’on le pense. Il est aussi bon de les laisser avec leur imagination et même, parfois, de laisser place à l’ennui. Attention à ne pas tomber dans l’hyperstimulation. »


Damien Hachez.
Chargé d’études à la Ligue des Familles

Les activités extra-scolaires sont-elles importantes ? Pourquoi ?

« Elles sont même indispensables. Elles représentent un troisième milieu de vie à côté de la famille et de l’école. C’est vraiment un espace à part, un espace de loisirs, de développement, d’inclusion sociale. Tout cela participe à la concrétisation du droit de l’enfant, à son épanouissement. Elles sont aussi un instrument de lutte contre les inégalités sociales parce qu’elles permettent à des enfants de milieux différents de se rencontrer. En dépit de cette importance, c’est un secteur complexe, avec plusieurs décrets difficilement compréhensibles de l’extérieur et, en plus, assez mal financé par l’ONE (Office de la Naissance et de   l’Enfant). Il est malheureusement un peu le parent pauvre des politiques en matière d’enfance. » 

Comment bien choisir les activités extra-scolaires de sa progéniture ?

« Il faut d’abord demander à son enfant ce qu’il souhaite faire. C’est la première question à poser. Y a-t-il des sports, des activités qu’il souhaite pratiquer ? Il n’est pas toujours facile de répondre aux besoins de l’enfant car, dans la pratique, les offres sont assez variables en fonction des communes et des lieux de vie. On conseille aux parents de se renseigner par rapport à ce qui existe. Entre le choix de l’enfant, ce que l’on souhaite en tant que parent ou ce qu’on pense qui pourrait être intéressant… Et puis, la bonne activité, c’est aussi l’activité qui est conciliable pour les familles et qui est accessible financièrement, ce qui n’est pas toujours le cas. Il faut donc trouver le meilleur compromis. »

Et à la maison, est-il indispensable de stimuler les enfants et ados ? De quelle façon ?

 « Un enfant, par définition, est en éveil, en attention, en apprentissage permanent et le rôle de l’adulte est d’être attentif à ses besoins. Il peut éventuellement lui proposer des activités mais il faut aussi permettre à l’enfant de s’ennuyer. On se rend compte que d’avoir des activités extra-scolaires, d’être dans des milieux collectifs, etc., a énormément d’impacts positifs sur l’enfant mais, pour autant, il ne faut pas tomber dans le travers inverse qui ferait penser qu’il faut absolument occuper son enfant pour qu’il se développe ou s’épanouisse. Les enfants ont besoin de jouer. Ça peut se faire à travers des activités organisées comme à travers des choses toutes simples à la maison. Ce qui compte, c’est la diversité. »


Maureen Dubus.
Animatrice EVRAS au Centre de Planning Familial (CPF) Ourthe-Amblève

Les activités extra-scolaires sont-elles importantes ? Pourquoi ?

« En tant que CPF, on propose des animations d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. De ce que j’observe, les enfants prennent du plaisir à assister à nos animations et repartent très satisfaits des échanges eus avec eux. Les objectifs visés à travers nos animations, qu’elles soient scolaires ou extra-scolaires, sont le bien-être et l’épanouissement en matière de vie affective et sexuelle. On est convaincu que, lorsqu’on aborde ces sujets dès la petite enfance et tout au long du parcours ou, en tout cas, du développement psycho-sexuel des enfants, ça permet de bonnes bases dans les relations. Relation avec soi-même, avec les autres et, après 16 ans, relations sexuelles consenties et sans risque. »

Comment bien choisir les activités extra-scolaires de sa progéniture ?

 « Nos activités extra-scolaires, que nous appelons animations, ont ceci de particulier d’être demandées par les institutions fréquentées par les enfants, dans un souci de prévention. Prévention des abus sexuels, du harcèlement scolaire ou en ligne, prévention des grossesses non désirées et des infections sexuellement transmissibles. Lorsque ce sont les parents qui nous démarchent, on parle d’accueil plutôt que d’animations. Dans les deux cas, on propose un espace de parole, en groupe ou individuel selon la demande, où l’on échange autour des questionnements ou des problèmes des jeunes, des sujets qu’ils n’osent pas forcément aborder à la maison ou à l’école, ou avec lesquels les adultes ne sont pas toujours très à l’aise. »

Et à la maison, est-il indispensable de stimuler les enfants et ados ? De quelle façon ?

« Je suis persuadée qu’un enfant, en tout cas à certains moments, a besoin de s’ennuyer. Surstimuler l’enfant ou chercher à l’occuper, du lundi matin au dimanche soir avec des activités, nuit selon moi à son imagination propre. La frustration et l’ennui vont l’amener à développer sa créativité. Un petit truc chouette est de laisser différents ouvrages à portée de l’enfant. Il existe des livres formidables adaptés à chaque âge. Il ne faut pas spécialement les lire avec lui mais les laisser à sa disposition afin qu’il puisse les consulter quand il a le temps, quand il s’ennuie, quand c’est le bon moment pour lui. Ce genre de lecture va amener l’enfant à poser des questions aux adultes autour de lui. »