L’équation urbaine du futur est de faire vivre plus de gens dans un même espace entièrement repensé. Les experts envisagent un modèle de ville certes plus dense mais plus vert, plus durable et à la qualité de vie mieux partagée. 

En 2050, 68 % de la population vivra en ville contre 55 % aujourd’hui. Mais pas question d’absorber cette poussée démographique par l’étalement urbain. La Belgique affiche en effet la volonté de freiner l’urbanisation au-delà des limites actuelles des villes en imposant le « stop béton » d’ici à 2050. Alors, comment accueillir mieux et plus de monde dans une ville à taille inchangée ? « La ville du futur devra se construire sur la ville actuelle », répond Jacques Teller, chercheur en Urbanisme et Aménagement du territoire à l’Université de Liège. « Ceci suppose de mieux gérer son sol, de recycler plus vite les espaces laissés vacants, de faire plus de place à la nature et la biodiversité, et enfin, de renforcer la résilience de la ville face aux catastrophes et risques de demain. Construire plus dense, plus vert et préservé du risque peut sembler un trio antinomique. Pourtant, ces axes forment l’équation de la ville future à restituer à ses habitants. S’appuyer sur leur intelligence et celle des communautés locales sera essentielle. Des petites villes aux métropoles. »

Imaginer de nouveaux espaces

Premier champ d’action : les espaces, extérieurs et intérieurs. « L’objectif sera de produire des logements plus petits, mais plus fonctionnels et confortables », indique le chercheur liégeois. « Ceci supposera de mutualiser une série de fonctions au sein et autour des immeubles: coworking, micro-logistique, jardinage, buanderies, parkings, etc. La densification des quartiers urbains doit être vue comme une opportunité d’y amener de nouveaux services plutôt que de surcharger ceux en place. » 

La ville du futur devra se construire sur la ville actuelle.Jacques Teller, ULiège

Kurt Custers, directeur Economie en transition et Ville durable de BXL-Environnement, va dans le même sens et évoque une « densité qualitative basée sur une approche plus partagée et collaborative de l’espace et des lieux à cultiver chez les habitants. » Cela se traduira par des services de mobilité durable, des restos collectifs, des jardins, cours et terrasses en commun. La réflexion porte aussi sur de nouveaux espaces à inventer, pour y vivre et/ou y exercer des activités économiques. Certains analysent les extensions en sous-sol. D’autres démontrent déjà l’énorme potentiel d’avenir des surfaces en toiture pour accueillir fermes urbaines, lieux récréatifs ou nouveaux habitats. 

Durabilité : l’incontournable

Tous les espaces, préservés du béton, rénovés ou inventés, devront cocher la case « verte ». « La ville de demain nécessite de reconnecter l’urbain à la nature, dans toutes ses dimensions : sol, sous-sol, services écosystémiques, agriculture urbaine, biodiversité, gestion des eaux de pluie… », note K. Custers. Le chercheur de l’ULiège J. Teller ajoute : « il faut donner une plus grande place à la nature. La densité repensée peut favoriser une biodiversité retrouvée. Par des toitures vertes, des murs végétalisés ou l’aménagement d’espaces verts dans ou à proximité des habitats remodelés. »

En ligne avec le développement durable et le zéro déchet, l’heure est au recyclage et à la réutilisation des espaces et bâtiments existants. Soit pour les réaménager, soit pour les détruire et les reconstruire à partir de leurs propres matériaux (cradle-to-cradle), comme le souligne l’expert de BXL-Environnement. « En Région Bruxelles-Capitale, construire avec des matériaux de réemploi et de recyclage sera systématique. »

La ville du futur impose un nouveau paradigme d’aménagement et de mentalité citoyenne. « La prévention et la valorisation des déchets seront pensées dès le design des bâtiments et des quartiers, indique l’expert bruxellois. Fini les poubelles individuelles dans la rue. Les citoyens seront invités à descendre et déposer leurs ordures triées dans des containers enterrés. Cela facilitera le tri des déchets tout en simplifiant leur ramassage dans les rues. »