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Carlos Moreno : « La qualité de vie urbaine, c’est la vraie intelligence de la ville »

A l’heure de la crise mondiale du coronavirus, Carlos Moreno, expert international de la Smart City Humaine et professeur des universités, met en lumière l’importance de la transformation de la ville moderne vers ce qu’on appelle la Smart City, ou ville intelligente.

Smart city, que signifie exactement ce concept aujourd’hui ?

« Pendant longtemps, le concept de ville intelligente renvoyait à une ville très technologique où la technologie permettait de résoudre les problèmes de la vie urbaine. Ce concept a mené à une impasse. De mon point de vue, la mission de la ville intelligente est associée à ce que j’appelle la ville vivante, c’est-à-dire à l’amélioration de la qualité de vie des citoyens face à trois grands défis : le défi écologique, qui fait face au changement climatique et veille à l’extension de la biodiversité; le défi économique, qui consiste à créer de la valeur partagée; et social, qui ne laisserait personne de côté. Une ville inclusive, donc. La crise du coronavirus met en lumière la force des villes. La seule manière d’éviter la propagation est de ralentir l’activité urbaine, de confiner les gens. Ça montre bien qu’il n’y a plus de création de valeurs, quand la ville disparait en termes d’activité et de lien social. Nous nous retrouvons confrontés à une crise majeure. La ville intelligente est avant tout une ville dans laquelle la qualité de vie des citoyens permet d’offrir des réponses à la crise écologique, économique et sociale que nous vivons. »

La notion de qualité de vie revient souvent dans votre discours. Qu’est-ce qu’une qualité de vie optimale, selon vous ?

« C’est de permettre aux citoyens d’accéder avec facilité et rapidité à l’essentiel des services qui peuvent les rendre heureux. Ces services, je les ai modélisés dans la Chaire que j’ai fondée à l’Université Panthéon Sorbonne-IAE de Paris [Chaire Entrepreneuriat Territoire Innovation, Ndlr] sous le concept de Ville du quart d’heure. Il s’agit d’avoir accès, à un quart d’heure de chez soi, à six choses essentielles : se loger dignement; s’approvisionner; bénéficier de conditions de travail correctes;  se soigner, aussi bien physiquement que mentalement, ce que je nomme le bien-être; l’éducation, donc la culture, l’apprentissage et la formation; et l’épanouissement, à travers les loisirs. La qualité de vie se reflète dans l’accessibilité à ces services à un quart d’heure de chez soi, à pied ou à vélo. La qualité de vie urbaine, qui fait que les citoyens sont heureux, est la vraie intelligence de la ville. »

Quels sont les défis principaux à relever pour tendre vers cet idéal ?

« Notre défi est de créer une ville durable, écologique, économique et sociale donc, dans la proximité. Il faut sortir de la ville anonyme, celle dans laquelle il faut une heure pour aller au travail, qui ne permet pas d’avoir accès aux produits autrement qu’emballés sous plastique dans de grands centres commerciaux et de laquelle nous sommes exclus des services de santé. La concrétisation de la ville durable est dans notre capacité à créer la ville de proximité, polycentrique et multipolaire, c.-à-d. qui offre plusieurs centres où l’on peut retrouver tous ces services. Une ville maillée, interconnectée. Face à cette crise où l’on doit s’isoler, quoi de mieux que de pouvoir disposer, chacun, dans un périmètre court, de l’accès à tous ces services ? Plutôt que de donner à la voiture le contrôle de la ville et de ses infrastructures, on doit transformer la ville pour laisser place aux piétons, aux vélos, à la verdure, à la biodiversité, au mobilier urbain, aux jeux pour les enfants, aux bancs pour les personnes âgées. Il faut recréer une nouvelle économie de proximité, une économie d’usage. »

Nous avons perdu l’humanité de la ville. Notre défi : créer une ville durable, écologique, économique et sociale.

moreno

La description de cette nouvelle ville rappelle, au fond, l’idée du village, avec sa place centrale où se réunissaient les anciens et jouaient les enfants, avec son épicerie et ses petits commerces… La ville durable n’est-elle pas, en quelque sorte, un retour en arrière, une tentative de renouer avec des valeurs anciennes ?

« La ville de proximité porte les valeurs de solidarité, d’entraide… d’humanité en fait. Des valeurs essentielles. Nous avons perdu l’humanité de la ville. Nous avons basculé dans un monde d’anonymat, d’isolement, de course au profit et à la possession de biens. Ce n’est pas la ville elle-même qui a amené ça mais la manière dont elle a été organisée. On n’habite plus la ville, on subit ses effets. Dans la ville de proximité, je parle de réhabiter la ville, de rendre à la ville l’humanité qu’elle a perdue. Je ne dis pas qu’une métropole doit se transformer en X villages où chacun reste retranché dans son village. La ville doit devenir un croisement d’humanités, d’intelligences, un croisement de temps utiles, de volontés pour agir ensemble. C’est la notion de complexité qu’Edgar Morin nous a apprise. ‘‘Complexité’’ vient du latin ‘‘complexus’’ qui signifie ‘‘tisser ensemble’’ . Nous avons besoin de comprendre que la complexité de la ville ce n’est pas la course au productivisme, à la consommation et à l’individualisme mais une ville dans laquelle on tisse ensemble l’économie, l’écologie et le social. »

Comment faire prendre conscience aux citoyens, entreprises et décideurs du bénéfice de ces transformations ?

« Quand on voit aujourd’hui la crise du coronavirus et la récession dans laquelle on va entrer, on constate la fragilité de la ville. On doit prendre conscience de trois choses que j’ai longtemps dites et écrites: les villes sont incomplètes, imparfaites et fragiles. Incomplètes car il y aura toujours des choses manquantes. Imparfaites car il y aura toujours des choses à recommencer. Et fragiles car il suffit de peu pour dérégler une ville: un virus de 130 nanomètres, donc 50 fois plus petit qu’un cheveu, nous met totalement en difficulté. Cette prise de conscience calme les esprits et permet d’être plus à l’écoute des transformations. On peut râler lorsqu’on construit des pistes cyclables qui occasionnent des travaux mais à terme, on comprend leur importance. Le Covid-19 n’est que l’un des épisodes qu’on va vivre. Avec le changement climatique et la biodiversité en train de mourir, on aura d’autres sortes de virus et de difficultés. Cette prise de conscience est indispensable et doit être prise en compte et relayée par les médias, l’éducation et les nouvelles générations pour changer de paradigmes. »

 

SMART FACT.

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« Ma vie est consacrée à l‘activité scientifique, cette question m’oblige donc à me décaler totalement… Mon père était paysan, peut-être que j’aurais été paysan et que j’aurais travaillé la terre. J’aurais été dans un monde différent dans lequel le retour à la terre m’aurait relié à ces valeurs universelles de paix, de fraternité et d’amour de la nature, pour la respecter et la protéger. »

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