Les maisons de repos ont mauvais presse ces derniers mois. Loin d’être des mouroirs comme on a pu l’entendre, ce sont avant tout des lieux d’accueil et des habitats. Les acteurs du secteur invitent à repenser et réhumaniser le système.

«Ce n’est pas tant leur fonctionnement qui pose question que le rapport de la société à l’accompagnement des seniors et au regard porté sur le vieillissement et les personnes vieillissantes » suggère Gaëlle Gallet, coordinatrice de l’ASBL Senoah, un observatoire des lieux de vie pour aînés proposant également un accompagnement en matière d’habitats. « La maison de repos répond à des besoins, parce que l’état de santé de certaines personnes le nécessite, parce qu’elles se sentent en insécurité chez elles ou parce qu’elles se sentent seules tout simplement. »

Un accompagnement personnalisé

Il existe une foultitude de maisons de repos explique la coordinatrice de Senoah, observatoire de ces habitats. « Certaines comptent 200 chambres, d’autres moins de 50. Certaines sont aseptisées comme un milieu hospitalier, et d’autres offrent un environnement plus familial. Une maison de repos n’est pas l’autre. Il n’y a pas de solution universelle. La diversité de lieux de vie possibles est essentielle pour que chacun puisse choisir en fonction de ses besoins et de ses attentes. »

Difficile par exemple d’effacer l’aspect médical comme l’explique Gaëlle Gallet. « Il y a du matériel indispensable, selon les besoins de soin des résidents. Le manque de personnel est en revanche plus préoccupant, on entend souvent des personnes qui nous contacte qu’il manque de temps et doit se concentrer sur les actes techniques. » Le problème réside, de nouveau, dans le regard que porte la société sur les métiers d’accompagnement des seniors. « Un enjeu actuel » pour G. Gallet, « pour ces métiers qui ne sont pas suffisamment valorisés. »

Les maisons de repos ne sont ni des mouroirs ou des prisons mais des lieux de vie.Gaëlle Gallet, Senoah ASBL

Si la crise du COVID-19 a durement impacté l’image des maisons de repos, elle a aussi mis en évidence la solitude de nos aînés. Ce constat dépasse pourtant cette seule période. Gaëlle Gallet : « Nous recevons souvent des témoignages de résidents. Ce que l’on peut dire, c’est qu’ils ont besoin de contacts sociaux, comme tout être humain. »

Au Trois Pommiers… la diversité

La maison de repos des Trois Pommiers fait partie d’un ensemble intergénérationnel. Catherine Verdickt, administratrice-déléguée de l’ASBL revient sur la création des Trois Pommiers. « Notre promesse est de recréer un milieu où se côtoient des personnes d’âges et d’horizons différents. Nous accueillons de jeunes mamans en difficulté, des seniors aussi bien que des personnes porteuses d’un handicap physique ou mental. » Avec ces 18 lits, cette maison de repos fait figure de « petit poucet » comme s’en amuse C. Verdickt. « Ce que nous apportons à nos différents résidents, c’est la possibilité de ne pas être étiqueté, de côtoyer des profils divers qui peuvent s’épauler, s’entre-aider, se comprendre, et même se lier d’amitié. »   

Cette maison de repos insiste particulièrement sur le respect de ses résidents, de leur individualité, de leur choix. « Chacun peut décorer son espace comme il veut. Les flats ferment à clés et le personnel fait toujours attention au fait de sonner, pour le plateau repas comme pour un soin. La personne est chez elle, le personnel n’y est qu’invité. » Les horaires des repas sont étendus pour permettre les grasses matinées, et le personnel s’en accommode, adaptant le tour des plateaux de petit-déjeuner, des soins et des douches. « On essaie vraiment d’individualiser le plus possible notre accompagnement et de respecter le souhait de chacun et chacune. »

Mieux vieillir, vieillir heureux

Des paroles qui font échos à celles de G. Gallet. « Bien vieillir, c’est se sentir exister, reconnu et utile, à 65 ans comme à 90. Ces personnes ont le besoin essentiel d’être considérées comme des adultes à part entière, avec de vraies capacités de décisions et des ressources à partager. » Sans doute alors que repenser le système signifie remettre l’humain, quel que soit son âge, au centre. Et la coordinatrice de Senoah de conclure : « Les maisons de repos ne sont ni des mouroirs ou des prisons mais des lieux de vie. »