Dans nos vies actuelles, on travaille beaucoup, parfois plus que nécessaire. Un coma, un cancer, une maladie longue ou chronique sont des évènements qui nous rappellent que la vie, c’est plus que travailler en continu pendant 40 ans, repoussant nos projets, nos loisirs.

Dans mon travail, je rencontre principalement des personnes qui vivent un coma, ainsi que leur famille. C’est un drame qui peut arriver à chacun de nous, à chaque instant. Et on en sort changé, nos priorités également. C’est vrai pour beaucoup de maladies.

Des plans reportés

Il est évidemment impossible de ne pas tenir compte du futur, des dépenses, des enfants, de nos responsabilités. Mais trop souvent nous avons tendance à remettre nos projets à plus tard. Je l’ai vu avec mon propre papa, qui est décédé peu après le début de sa retraite. C’était un grand travailleur, couvert de poussière du matin au soir. Je parle de lui, comme je pourrais parler de profils de banquiers ou d’avocats que je rencontre. Des personnes qui passaient beaucoup de temps au bureau, gagnaient beaucoup d’argent, qui comprennent à la suite d’une maladie ou d’un coma que ce n’était pas ce qu’ils voulaient faire de leur vie.

Sortir d’une telle épreuve est en soi un challenge. Au risque de rabâcher un cliché, je pense qu’il est essentiel, pour notre santé, de trouver notre équilibre, entre vies professionnelle et personnelle ; entre le passé, qu’on rumine, le futur, dont on s’inquiète, et le présent, pour lequel on manque de temps.

“On n’apprend pas suffisamment à prendre soin de nous-même. C’est pour cela qu’il est important d’en parler.”

Une approche holistique

Lorsque la maladie remet les pendules à l’heure, on se rend compte que le plus important, c’est notre bien-être et notre santé, physique et mentale. On n’apprend pas suffisamment à prendre soin de nous-même. C’est pour cela qu’il est important d’en parler. Prendre soin de soi, c’est d’abord réconcilier le corps et l’esprit. L’un des grands défis pour l’individu, la société et la médecine selon moi, c’est d’avoir de l’humain une approche plus holistique : le corps n’est pas qu’une machine, dont les gènes conditionneraient le vécu.

Récupérer à votre façon

Nous avons chacun un rôle à jouer dans la prise en charge de notre santé. À travers une discipline comme l’épigénétique, nous constatons que la manière dont s’expriment nos gènes, et donc potentiellement nos maladies, dépend de nombreuses variables : l’alimentation, le sommeil, l’activité physique, la vie sociale, la capacité à se détendre aussi.

Je pratique la course à pied et la méditation. Mais libre à chacun de trouver les disciplines qui lui procurent bien-être et satisfaction. Se remettre d’une maladie peut constituer un défi. Les soignants sont là pour offrir des outils, mais il n’y a pas de pilule magique. C’est un défi que seul le patient peut relever, soutenu par l’équipe médicale, sa famille, ses amis.

Steven Laurey

Neurologue, directeur de recherches au FNRS, CHU & U Liège, auteur de La méditation, c’est bon pour le cerveau, Prix Franqui 2017