Contrairement à plusieurs idées trop vite reçues, la digitalisation dans le secteur médical ne se substitue pas au médecin. Mais l’accompagne dans ses démarches avec un objectif unique : apporter le meilleur traitement possible au patient. Rencontre avec Alain Mampuya spécialiste du secteur et CEO de BeWell.

Théoriquement, comment doit s’articuler une plateforme digitale au service du traitement médical ?

« Elle doit suivre le trajet du patient ! C’est-à-dire se développer selon trois axes : le diagnostic, la thérapie et l’adaptation de la vie du patient après les soins. Et ce jusqu’à ce qu’il évolue dans la bonne direction. »

Et ce suivi digital du trajet du patient s’effectue bel et bien sous la supervision du médecin ?

« Bien entendu. C’est lui qui prend toutes les décisions sur base des données que le patient remplit au travers de l’application. Qui, elle, devient donc un outil de gestion très efficace pour le médecin. »

L’arrivée de la digitalisation dans la médecine est bien entendu favorisée par les progrès technologiques. Ne l’est-elle pas aussi par une modification des rapports entre patient et médecin ?

« C’est ce que je pense, oui. Aujourd’hui, les médecins veulent pouvoir suivre les patients de plus près. Et ces derniers sont nettement mieux informés qu’auparavant. Nous ne sommes donc plus dans une relation où le médecin fixait, souvent à sens unique, un diagnostic. Suivaient un traitement, et, généralement, un unique rendez-vous de contrôle bien plus tard. De nos jours, il faut un suivi bien plus proche. Et c’est précisément ce que permet la digitalisation et l’utilisation d’une plate-forme type “BeWell “. »

Cette masse de données collectées doit, pour être utile, faire l’objet d’un classement et d’une hiérarchisation. Comment tout cela s’opère-t-il ?

« L’idéal est alors de reprendre tout ceci dans un tableau de bord. Chaque patient y encode les données demandées, et le médecin verra en priorité celles ne se situant pas dans la moyenne et nécessitant donc un suivi plus proche. »

L’échange entre le patient t le médecin est de plus en plus interactif.

Autre paramètre dans ce processus de digitalisation : il faut que le patient encode scrupuleusement ses données. Vous observez une discipline bien suivie dans le cadre des patients ?

« Oui. Parce que si l’engagement du médecin est devenu plus important qu’avant, celui du patient a suivi la même évolution. Il veut en savoir plus sur ce qui le touche. Il est donc plus impliqué et s’astreint plus volontiers à encoder ses données. D’un autre côté, une application bien utilisée par le patient évitera le non-respect des traitements prescrits, une santé défaillante, et donc des coûts faramineux pour la sécurité sociale ensuite. Une plateforme numérique pourra donc aider directement à ne pas faire exploser les budgets de soin dans un secteur et à faire allouer cette somme où on en a vraiment besoin ! »

Peut-on quantifier le succès de la digitalisation dans le secteur médical ?

« Une plateforme comme “BeWell “ totalise plus de 600.000 utilisateurs sur sa partie “kiosk”, dédiée à l’autoévaluation. Tandis que près de 30.000 patients utilisent cette application pour le suivi de leurs maladies chroniques. Ces chiffres montrent donc bel et bien une évolution plus que certaine. »

Dans quelle direction ira le progrès en matière de digitalisation médicale ?

« Il viendra surtout de l’intelligence artificielle dans la manière d’interpréter et d’utiliser les données. Mais toujours en gardant à l’esprit que le médecin demeure le décisionnaire prioritaire. Les plateformes médicales digitales aideront aussi, de plus en plus, à mieux souder le triangle constitué du patient, du médecin de première ligne, et des autres professionnels, comme l’hôpital ou les médecins-spécialistes… »

Á propos de

Fondée en 2010, « BeWell Innovations » est une entreprise belge commercialisant une plateforme numérique de suivi des patients grâce à la collecte de données, avec un kiosque pour l’autotest des personnes, la télésurveillance, et un tableau de bord qui permet de suivre de près les patients nécessitant une intervention. « BeWell » est actuellement active en Belgique, aux Pays-Bas, en Suède et en Irlande.