Plus ou moins impactées par la crise du coronavirus, les institutions et entreprises liées au secteur des soins et de la santé poursuivent leurs efforts visant à améliorer la prise en charge médicale. Au bureau comme au labo, on garde le tempo.

François Moonen.
Chief Executive Officer chez Elysia-Raytest

Quelle était LA grande innovation attendue dans votre secteur en 2020 ?

« La grande innovation en termes de R&D pour nous était le développement d’un nouveau logiciel dont la commercialisation doit avoir lieu en juin. C’est un projet sur lequel on travaille depuis deux ans. De plus en plus, dans les laboratoires, on essaie de supprimer le papier au profit d’une gestion électronique des documents. On appelle cela le paperless lab. Notre projet permet de faire communiquer les machines entre elles. Lors d’une analyse, les résultats sont directement centralisés dans une base de données et le logiciel génère automatiquement un certificat d’analyse. Cela permet de supprimer la transcription manuelle sur papier et donc, de supprimer des sources potentielles d’erreur en labos. »

Comment cette innovation s’est-elle concrétisée, ou non, et pourquoi ?

« Malgré la crise du coronavirus, nous avons tenté de maintenir en place autant que cela était possible l’équipe R&D et les informaticiens, de manière à ne pas prendre de retard et à commercialiser le logiciel à la date initialement prévue. Le chiffre d’affaires d’Elysia dépend notamment du succès de ce logiciel. Nous clôturons notre année fiscale fin juin, le timing d’avant juin est donc très important. Si le logiciel n’est pas terminé, je ne peux pas faire son installation et je ne peux donc pas facturer ce gros projet de plus de 420.000 euros. Il s’agit là d’un projet essentiel pour notre société, qui doit sortir des cartons même si la situation actuelle est un peu compliquée. »

Quelle est l’innovation prévue dans votre secteur en 2021 ?

« Nous travaillons en collaboration avec la société IBA, un fabricant de cyclotron, l’université de Liège et celle de Louvain-le-Neuve sur le projet Cardiammonia. Labellisé par MecaTech et Biowin  [Pôles de compétitivité wallons en génie mécanique et en santé, ndlr.], ce projet de plusieurs millions d’euros a pour but de produire avec un cyclotron un traceur pour des pathologies cardiaques. L’idée est de produire de l’ammoniaque radioactif qui sera injecté au patient afin de détecter les pathologies. La spécificité de ce composé est que sa durée de vie est tellement courte, quelques minutes, qu’il faut produire la dose et l’injecter quasi dans la foulée. Démarré fin 2019, le projet doit être clôturé fin 2021. »


Anne Van Pottelsberghe.
Directeur Médical Général chez SILVA Medical

Quelle était LA grande innovation attendue dans votre secteur en 2020 ?

« SILVA Medical comporte trois cliniques. Pour le site du Bois de la Pierre, nous voulions, en plus de l’hospitalisation, développer la revalidation ambulatoire. La construction de notre nouveau plateau de réadaptation s’est terminée début 2020 mais sa mise en route a été impactée par la crise sanitaire. Pour notre Clinique de la Forêt de Soignes, un déménagement est prévu de La Hulpe vers Wavre pour 2023. Nous n’attendions plus que le permis de bâtir. Il est gelé pour le moment. Concernant le Scheutbos, spécialisé dans l’accueil de la personne démente, nous devions agrandir notre maison de repos attenante afin d’augmenter le nombre de chambres à un lit. Nous avons obtenu les subsides mais, pour le reste, nous sommes bloqués. »

Comment cette innovation s’est-elle concrétisée, ou non, et pourquoi ?

« Une journée portes ouvertes était prévue pour présenter notre nouveau plateau de réadaptation de 500 mètres carrés. Elle n’a pas pu avoir lieu. En raison de la pandémie, nous ne pouvons pas accueillir de patients dans notre centre, sauf en cas d’urgence. Seuls quelques patients y ont donc accès. Notre plateau attend des jours meilleurs… Notre projet lié à la Clinique de la Forêt de Soignes est en suspend en raison de la fermeture des services administratifs. Nous espérons qu’il puisse aboutir rapidement car les architectes sont prêts. Il ne nous manque que le permis de bâtir pour le lancer. Le site du Scheutbos devait être agrandi en 2020. Nous ignorons dans quelle mesure nous pourrons avancer sur ce projet. »

Quelle est l’innovation prévue dans votre secteur en 2021 ?

« Notre plan stratégique s’étale sur cinq ans. L’idée était que la revalidation ambulatoire soit en plein rendement fin 2020 et en 2021. Nous nous adaptons aux pathologies et à l’évolution des nouvelles technologies. Etant donné que les chirurgiens opèrent de façon toujours plus rapide avec des techniques toujours moins invasives, les patients récupèrent plus vite et nécessitent moins d’hospitalisation. Prenons l’exemple des prothèses de hanche ou de genou. C’est pour cela qu’on a anticipé la revalidation ambulatoire, une démarche qui s’annonçait très prometteuse. Nous allons continuer à nous positionner de cette façon avec la possibilité de nous agrandir encore, au besoin, en fonction de la demande de soins. »


Benoit THOMAS.
Directeur de Business & Decision Life Sciences

Quelle était LA grande innovation attendue dans votre secteur en 2020 ?

« La grande innovation est liée à la data. C’est aller au-delà de l’interprétation initiale des données collectées lors de nos études, c’est la valorisation de cette data confrontée à des business cases concrets. Aujourd’hui, on fait des rapports statistiques pour nos clients, indispensables dans le cadre classique des études cliniques, notamment. En les croisant, les volumes de données peuvent nous apprendre plus que ce qui était prévu initialement. Le cap pour 2020 s’inscrit autour de la fertilisation croisée de la santé et de la data. Si, sur base des propositions soumises, nos clients sont enclins à débloquer un budget, nous pourrons aller plus loin dans nos études et libérer avec eux le sens contenu dans leurs données. »

Comment cette innovation s’est-elle concrétisée, ou non, et pourquoi ?

« Si pour nous l’exploitation de la data est une manière évidente de créer du retour sur investissement via le retour sur information, nous constatons que ces budgets ne sont pas toujours prioritaires chez nos clients, bien qu’ils aient conscience de l’importance de la transformation digitale… La situation actuelle d’ailleurs le démontre, plus c’est informatisé, plus il est simple de travailler de chez soi. Pour autant, les budgets ne convergent pas encore dans ce sens. Il faut dire aussi qu’il s’agit de projets d’envergure qui, pour être déployés, doivent rencontrer l’adhésion de nombreux acteurs. La direction de tous les stakeholders doit être accord, de même que tous les services de nos clients, en interne, etc. Ce n’est donc pas simple. »

Quelle est l’innovation prévue dans votre secteur en 2021 ?

« L’innovation ne sera pas forcément technologique mais se concentrera sur la manière dont on va fonctionner ensemble. Le groupe Orange a racheté Business & Decision (B&D) il y a deux ans. L’innovation sur 2020- 2022 sera de parvenir à monter un projet qui enrôle toutes les entités. Orange pour la captation, le transport et la sécurisation des données des patients. Le volet Consulting de B&D pour l’organisation et la gouvernance des données. Et le volet Life & Sciences de B&D pour la valorisation de ces données. L’innovation se situe dans le fait d’offrir une solution complète à notre client. Avec ce rachat, nous avons la chance d’avoir toutes les pièces du puzzle réunies, du patient à l’interprétation des données. »