Observation, analyse et déduction…le diagnostic médical, c’est tout un art pour le médecin, qui doit parvenir à interpréter les symptômes de son patient.  Mais pour ce dernier, le « jeu de piste » est parfois vécu comme un moment d’angoisse.

« Le diagnostic médical, c’est arriver à mettre un concept clinique et scientifique sur des maux exprimés par le patient, pour en tirer des conclusions qui entrent dans un référentiel. », explique d’entrée le Dr. Thomas Orban, médecin généraliste et Président de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG). Un acte essentiel donc, puisqu’il doit faire la passerelle entre le mal-être ressenti par le patient, et son éventuelle future thérapie.

Idéalement, le processus du diagnostic se compose d’une « anamnèse » (interrogatoire sur l’historique du patient) et d’un examen clinique. « En première ligne, le médecin traitant compte avant tout sur ses yeux, ses oreilles, ses dix doigts et son cerveau », précise encore le praticien, en évoquant parfois un véritable travail de détective. « Parfois, je peux établir un diagnostic au premier regard sur le patient dans la salle d’attente.

Mais un généraliste travaille aussi beaucoup dans l’incertitude: il peut souvent dire au patient ce qu’il n’a pas, mais pas ce qu’il a. » Dans ce second cas de figure, une étape paraclinique (radio, prise de sang, etc.) ou le recours à un spécialiste peuvent s’avérer nécessaires.

L’anxiété du patient

Pour le patient, c’est précisément quand le processus se met à traîner en longueur qu’il devient dur à gérer. Surtout si l’on se dirige vers un diagnostic négatif, de type maladie chronique. « La période d’attente est souvent très anxiogène », témoigne Martine Devos, membre de l’UPPCF (Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones & Germanophones) et psycho-oncologue au service d’hématologie clinique du CHU de Liège. « À tel point que lorsque le diagnostic tombe, dans le cadre d’une maladie chronique, il est souvent vécu comme un soulagement par le patient, même si c’est grave.Plus l’investigation a été longue ou les symptômes importants, plus ce soulagement est grand d’ailleurs. La possibilité de traitement aide ensuite beaucoup à diminuer l’angoisse. »

“C’est très bien que les patients prennent en main leur santé, s’intéressent à leurs symptômes et fassent des recherches. Mais n’oubliez jamais que Google ne vous connait pas comme votre médecin.”

Mais restons sur la phase clé du diagnostic, pour souligner que le patient y jouerait un rôle essentiel, notamment dans la réduction du risque d’erreur auquel sont soumis tous les médecins au moment d’émettre des hypothèses. « L’anxiété liée à l’apparition de symptômes peut engendrer une attitude de déni. Certains patients vont prendre du retard dans leurs consultations, d’autres omettent de parler de certains symptômes à leur médecin, ou en minimisent l’importance », explique la psycho-oncologue. « A l’inverse, quelqu’un de trop détendu peut aussi oublier ou sous-estimer des choses, et mener le médecin sur une mauvaise voie », ajoute le Dr. Orban.

Gare aux infos trouvées sur le net

Dans ce contexte d’incertitude, couplé à l’avènement du net et des sites médicaux, on comprendrait que l’art du diagnostic soit en péril chez le médecin traitant. En effet, qui n’a pas entendu un jour un proche lui dire que, selon ses recherches en ligne, ses symptômes correspondent à telle ou telle maladie? « Moi, je ne vois absolument pas cela d’un mauvais œil », déclare pourtant sans hésiter le Dr. Orban. « Au contraire, c’est très bien que les patients prennent en main leur santé, s’intéressent à leurs symptômes et fassent des recherches. Mais n’oubliez jamais que, d’une part, Google ne vous connait pas comme votre médecin, et que d’autre part, les infos trouvées sur internet doivent encore être traitées et analysées avec compétence. »

Plus gênante, selon lui, serait la possibilité en Belgique d’activer les différentes lignes de soin en même temps. « Une erreur du patient est de rechercher en priorité la sécurité dans l’aspect technique de la médecine, c’est-à-dire, par exemple, dans les laboratoires ou les centres d’imagerie médicale. » Car selon le Dr. Orban, le passage chez votre « médecin de famille », qui connait votre histoire et vos antécédents, constitue toujours la meilleure case-départ lorsque vous souhaitez signaler des symptômes.

Texte: Louis Matagne