IBM s’est spécialisée dans le soutien aux entreprises pour réussir leur transition numérique. Son CEO Belux Jacques Platieau analyse les défis de son secteur et les outils pour les relever : intelligence artificielle, formation du personnel et blockchain. 

Le core business de IBM a bien changé? 

« En effet. IBM s’est recentrée sur les services -deux tiers de ses activités- tandis que hardware et logiciels forment encore un bon tiers. On a réinventé IBM sur un business model totalement BtoB. Notre profil actuel est unique sur le marché IT. Alors que les autres acteurs sont fort présents sur une seule spécialité, IBM l’est autant sur la partie serveurs, que storage (via clouds), que services, que hardwares et logiciels. Notre métier consiste surtout aujourd’hui à accompagner les sociétés dans leurs transformation et transition numériques. De faire le lien entre leur business et les infrastructures et technologies utiles pour développer et réussir cette transition. »

Y a-t-il un créneau sur lequel la demande s’est accentuée?

« Plusieurs. Comme le cloud, initialement envisagé pour surtout stocker des données basiques. Une évolution est en cours du côté des sociétés. Jusqu’à présent, pour des questions de discrétion, sécurité ou de complexité, peu d’entre elles envisageaient de transférer ou d’intégrer de vraies applications et données sensibles – SAP ou Legacy – dans des ‘nuages’. Cela bouge depuis un an sur ce créneau, où IBM s’est positionnée. »

Avec quelle valeur ajoutée?

« Une plus value technologique, une sécurité maximum et surtout une intégration optimale. Souvent nos clients fonctionnent avec une structure hétérogène qui mêle du cloud public, du cloud privé et à côté du Legacy et autres. Nous intervenons pour faire dialoguer le tout et intégrer harmonieusement tous ces systèmes en une solution globale et évolutive. On fait souvent du coworking pour l’implémentation et le suivi dans la durée des solutions avec les services IT du client. On discute avec le client de ses besoins business, du comment changer ses processus pour les optimiser et développer ses nouveaux marchés. Notre métier, c’est accompagner et intégrer des composantes du client dans sa transition numérique à tous niveaux. »

La sécurité reste plus que jamais le souci n°1 des entreprises?

« Totalement. L’IT est devenu le paradis des malintentionnés qui perpètrent des milliards d’actes par an. Une récente étude contient des résultats inquiétants. Une forte tendance montre que les auteurs de phishing, hacking, ransomwares, n’ont même plus à se casser la tête pour pénétrer les systèmes. Ils réutilisent des masses de données récoltées depuis longtemps. Ces infos que nous laissons traîner dans le monde digital deviennent le trousseau de clés des cambrioleurs du net. Autre constat: 85% des clouds sont mal configurés. »

Quid des cibles?

« Les banques ne sont plus les seules. Les attaques visent tous secteurs brassant une masse de données monétisables telle que la grande distribution. Pour IBM, la sécurité est centrale vu que nous aidons nos clients à aussi gérer et stocker dans des clouds leurs données et applications importantes. C’est un des premiers domaines dans lequel on a injecté de l’IA pour anticiper les risques. Notre clientèle compte de grosses banques, de grandes institutions publiques, l’OTAN, la Commission européenne… On ne badine pas avec la sécurité. »

L’Intelligence Artificielle est une nouvelle arme précieuse? 

« Quel formidable outil! Elle permet une veille 24/24, 7/7, et aide à valider l’efficacité des process de sécurité. Elle étudie aussi tous les scénarios d’attaques possibles, pour anticiper. »

Autre technologie novatrice, la Blockchain. Elle inspire IBM?

« En effet. La blockchain est un mix de technologies qui permet, via un réseau, de gérer en mode très sécurisé et innovant tout environnement transactionnel. Transactions qui peuvent être des biens, des services, des données, de l’argent. Les sociétés d’un même écosystème peuvent faciliter les échanges entre elles et simplifier, réguler, sécuriser leurs transactions. Le plus bel exemple belge est we.trade, la blockchain que nous avons conçue et implémentée pour KBC. Cette banque s’est aperçue des soucis d’optimisation, de rentabilité, d’efficacité des PME dans leurs échanges avec fournisseurs et clients. Pour réguler cela, KBC a lancé l’idée de réunir beaucoup de banques et d’inviter les PME à se joindre au réseau. Ces dernières peuvent maintenant, via le système hébergé sur un cloud public IBM, simplifier et sécuriser efficacement toutes leurs transactions. »

La blockchain s’applique à d’autres domaines…

« C’est une solution ultra modulable. Nous avons eu contact avec Farmer Connect pour un projet sur la traçabilité du grain de café, de sa culture jusqu’à votre tasse. Votre café est-il récolté, fabriqué de manière éthique et fairtrade? Via une blockchain, cette traçabilité peut être établie étape par étape comme un curriculum vitae évolutif de votre café. L’Afsca nous a aussi approché pour la traçabilité de la nourriture…  Prenez aussi la crise du Fipronil ayant contaminé les œufs. Si la production mondiale d’œufs avait été détaillée sur une blockchain, on aurait instantanément disposé de données incontestables pour savoir lesquels étaient contaminés ou pas. Plutôt que de tout détruire. Les vraies qualités du système sont sa transparence, son immuabilité, la fiabilité des infos. Et de constituer une source uniforme à laquelle tout le monde se réfère. »

En 2014, il fallait en moyenne 3 jours de formation pour mettre à niveau les collaborateurs d’une entreprise sur les nouvelles technos. En 2019, il faut 36 jours!

Au niveau des entreprises, cela demande une évolution des mentalités?

« Oui… Quand j’expose le principe à des clients, souvent la première question est : « qui prend le lead? ». Je réponds « personne » puis vient une autre question: « mais alors comment fait-on pour décider des investissements, du planning, de ce qu’on y met ou pas? ». Penser blockchain réclame un changement de mentalité, à la fois des managers et des employés. »

L’évolution des clouds, l’application de la blockchain et de l’Intelligence Artificielle impliquent de nouvelles compétences?

« C’est là le défi majeur et n°1 de cette transition digitale. Il faut accélérer l’acquisition des compétences adéquates pour exercer les nouveaux métiers imposés par l’évolution. Voici un chiffre hallucinant: en 2014, il fallait en moyenne 3 jours de formation pour mettre à niveau les collaborateurs d’une entreprise sur les nouvelles technos. En 2019, il faut 36 jours, plus de 10 fois plus! Chez IBM qui compte 300.000 collaborateurs dans le monde, nous avons anticipé ce phénomène avec des systèmes de formation totalement adaptés à chaque individu selon son domaine, son marché, son pays… Fort de cette expérience, nous commençons à proposer ce système de formations personnalisées aux clients. »

C’est ce que vous venez de démarrer pour KBC?

« Exact. Nous avons signé avec KBC un programme baptisé Digital Talent Platform. Il fournit toute l’infrastructure technologique et les processus pour accompagner KBC dans la formation et le développement des compétences de tous ses collaborateurs et offre à chacun l’environnement personnalisé pour se développer. Cette plate-forme est adaptable à n’importe quel autre type de sociétés, chaque fois imprégnée de l’identité du client. »