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Virginie Jacobs: La passion dans le ventre!

Texte : Frédéric VanDeCasserie

Ce qui frappe chez Virginie Jacobs, architecte et co-animatrice de l’émission « Une brique dans le ventre » de la RTBF, c’est sa passion! D’ailleurs, ses yeux se mettent à pétiller dès qu’elle vous parle des rénovations qu’elle a gérées, chez elle et, surtout, chez tous ses autres clients ravis!

Vous gérez des chantiers de rénovation globaux, mais vous donnez aussi des conseils d’aménagement. Vous êtes donc à la fois architecte et architecte d’intérieur?
« J’ai suivi des études d’architecture et travaille comme architecte. En outre, je travaille pour Une brique dans le ventre, une fois par semaine, à raison de 40 émissions par an. Où je donne plus des conseils en matière d’aménagement d’intérieur. À côté de Cédric Wauthier, le journaliste principal, j’agis en ramenant dans la maison dont on parle des petits détails qui peuvent faire la différence. C’est un secteur où je suis à l’aise aussi, parce que j’ai travaillé dans un magasin d’intérieur durant 5 ans, donc j’ai une vision assez précise sur les produits, les nouveautés, les courants et les manières de les agencer. Bref, je suis donc une sorte d’électron libre qui s’adapte bien. »

Quand vous parlez de courants, on pense bien entendu aux produits et pratiques « à la mode. » Mais, dans le bâtiment comme ailleurs, la meilleure façon de ne pas se démoder n’est-elle pas de ne pas être à la mode, justement?
« De fait! J’ai tendance à rester dans l’intemporel, et à conseiller aux clients de se méfier des choses et idées trop ancrées dans un air du temps précis. Par contre, je leur dis toujours qu’ils peuvent davantage se lâcher dans des secteurs où il est facile de changer ensuite. En résumé: prenons des risques là où c’est facile à modifier! Par exemple, le jaune moutarde revient fort à la mode. Et si, dans quelques années, un client qui aurait succombé n’en peut plus de cette couleur, il n’aura qu’à repeindre ou changer de papier peint. Par contre, choisir des matériaux qui vieilliront avec le temps, comme le chêne, et privilégier les entrées de lumière dans un bâtiment, sont des choses essentielles qui devraient rester. »

Être architecte, c’est parfois aussi dire des choses à un client qui ne veut pas trop les entendre. Vous vous y prenez comment dans ces cas-là?
« C’est un métier qui fait, en effet, aussi appel à la psychologie et à l’écoute. Il y a des clients très à l’écoute, investis, et avec qui on entre assez facilement en synergie. À l’inverse, d’autres portent des demandes très précises, auxquelles ils ne veulent absolument pas déroger. Avec ces derniers, je commence toujours par dessiner des esquisses de ce qu’ils veulent, puis j’essaie éventuellement d’impulser un changement que je jugerais utile et intéressant. Parfois, cela donne de bons compromis. »

« J’aime particulièrement les pièces de vie, comme la cuisine et le living. »

C’est cette variété dans les clients et les projets qui vous intéresse aussi dans votre job?
« Oui, bien sûr! Couplé avec le fait que les clients qui vous paraissent complexes et rigides au début se révèlent parfois très sympas pour collaborer ensuite. Il se déroule en général un à deux ans entre le premier trait de crayon et la finalisation du projet. La relation avec le client est donc fondamentale. Car elle sera longue… »

Quelles pièces ont vos préférences dans le cadre d’une rénovation?
« Question importante. Car la maison où je fais des travaux devient la mienne pendant un moment. J’aime particulièrement les pièces de vie, comme la cuisine et le living. Parce que ce sont celles-là où la famille qui habitera la maison se trouvera le plus souvent. C’est très agréable d’imaginer les intérieurs de ces pièces en fonction des futurs habitants. »

L’angoisse principale de la profession d’architecte, c’est quoi?
« La mauvaise estimation. Je n’accepte plus les projets avec un budget trop réduit, juste pour faire plaisir. C’est une erreur que je commettais parfois au début. Par ailleurs, il faut apprendre à “sentir”les projets qui ne nous correspondent pas, et les refuser. Mais, même dire non dans ce contexte est souvent très difficile pour moi. Je dois me faire violence pour y arriver. Mon maître de stage m’avait dit: « Si tu ne le sens pas, tu n’y vaspas. » Plus facile à dire qu’à faire. »

Les rénovations font appel à des budgets souvent importants, les prix de l’immobilier ne cessent d’augmenter… pourtant le marché se porte toujours très bien. Comment l’expliquez-vous?
« Le fait d’être propriétaire reste ancré dans nos mentalités, c’est l’aspect “une brique dans le ventre”, justement. Dans le cas de Bruxelles, les prix ont augmenté suite à l’installation de la Communauté européenne, ce qui constitue un souci pour les autres Bruxellois qui voudraient acheter. Mon avis personnel est qu’il y a un momentoùcette inflation va s’arrêter. Mais quand? Je n’en sais rien… Parce que, en outre, rénover coûte de plus en plus cher. »

« Mon métier fait aussi appel à la psychologie et à l’écoute. »

Parce que les matériaux plus écologiques sont plus onéreux?
« Oui. Mais, malgré tout, ils sont de plus en plus présents dans les demandes des clients, qui ne sont donc pas rebutés même si l’investissement ne sera jamais amorti. Les matériaux lesplus demandés tournent le plus souvent autour des citernes d’eau de pluie, des systèmes de chauffage moins polluants et de l’isolation. Aujourd’hui, je remarque juste que c’est parmi les clients plus âgés que se trouvent parfois ceux qui prêtent moins attention à ce genre de problématique. C’est sans doute une question de génération. Car parmi les plus jeunes, tous sont très conscientisés à l’impact écologique d’une habitation bien pensée en ce sens. »

Vous avez mené des travaux de rénovation dans votre propre maison, mêlant donc vie privée et boulot. Vous avez géré différemment que pour des clients « classiques »?
« On passait tous les jours, mon compagnon et moi, sur le chantier. Cela n’a pas posé trop de soucis. Toutefois, aussi paradoxal que cela puisse paraître, autant je me bagarre souvent pour que les prix de fournitures baissent chez des clients, autant ici, je ne l’ai pas fait autant. Et c’était un peu la même chose pour les aspects administratifs. Sinon, il y a eu des soucis sur le chantier comme partout. Mais des problèmes lors de travaux, c’est inévitable de toute façon. »

SMART FACT

 Si je n’avais pas été architecte…
« … j’aurais de toute façon choisi un métier de contact humain, c’est dans ma nature. Jeune, j’étais très intéressée par la médecine. J’y vois d’ailleurs un lien avec l’architecture. Puisque les deux secteurs sont à la fois techniques et humains. Il faut réparer et soigner, des humains ou des maisons. Sinon, j’aurais aussi pu devenir agent immobilier pour, encore une fois, rencontrer des gens et faire voir de jolies réalisations. »

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