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Une recherche belge de tout premier plan

La Belgique est désormais connue et reconnue sur la scène internationale pour ses bons résultats en matière de biotechnologies. Sylvie Ponchaut, Managing Director chez BioWin, nous brosse le portrait de ce secteur en pleine croissance.

BioWin est le pôle de compétitivité santé de la Wallonie. Il couvre les domaines de la pharmacie, des biotechs et de la medtech (contraction de Medical Technology, en français: technologies médicales, NDLR). Sa mission est de fédérer tous les acteurs wallons engagés dans le secteur des biotechnologies et de la santé en vue de favoriser le développement de projets de recherche et d’innovation qui auront un impact sur l’économie du pays, la compétitivité et l’emploi.

Comment peut-on expliquer la croissance fulgurante que connaît notre pays dans le secteur des biotechnologies?

« En Belgique d’une manière générale, et en Wallonie en particulier, tous les ingrédients nécessaires à l’éclosion d’un secteur industriel de pointe dans le domaine des biotechnologies sont réunis: des universités de tout premier plan, des hôpitaux universitaires où l’on peut faire de la recherche clinique de haut niveau, de gros acteurs comme GSK, UCB, ou encore Eurogentec/Kaneka qui possèdent des centres de recherche ou de production sur le territoire, ainsi qu’une centaine de PME vraiment très innovantes dans le secteur. En soi, c’est la concentration d’acteurs dotés d’une expertise tout à fait particulière, couplée aux mesures de soutien à la recherche et aux investissements publics et privés importants, qui permettent ces bons résultats. »

 Le secteur a récemment connu un très gros essor et, à l’heure actuelle, nous manquons de cerveaux et de bras.

Quel rôle joue BioWin dans le secteur?

« Nous menons différentes activités au sein du pôle, mais la plus importante, et historique, consiste à sélectionner pour le compte du gouvernement des projets de recherche collaborative qui impliquent des industriels et des universités. Nous sélectionnons les meilleurs projets, grâce à la collaboration d’experts internationaux, pour maximiser l’impact de l’investissement public. La recherche est donc l’un des piliers principaux du pôle. Notre deuxième pilier est celui du développement des talents. Il est important de sensibiliser les établissements d’enseignement aux besoins du tissu industriel. La disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée est la clé pour assurer la croissance des entreprises innovantes. Le secteur a récemment connu un très gros essor et à l’heure actuelle, nous manquons de cerveaux et de bras. Ce deuxième pilier devient donc très important pour le pôle et critique pour la Région. Le troisième pilier est le pilier international. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’AWEX (Agence wallonne à l’Exportation et aux Investissements étrangers, NDLR) pour attirer les investissements étrangers et faire la promotion de nos technologies wallonnes à l’international. En dernier lieu, nous aidons les entreprises à trouver les meilleures sources de financement pour concrétiser leurs projets. »

Vous avez évoqué la pénurie de talents. Est-ce un défi que doit relever la Belgique pour pouvoir aller plus loin?

« Oui, la plupart des biorégions qui performent ont ce problème. Aussi bien en Flandre qu’en Wallonie, on a récemment connu un développement important de sociétés biotechnologiques et une très forte croissance de l’emploi, si bien qu’à l’heure actuelle, on peine à recruter les profils dont on a besoin. On pense spontanément à des pharmaciens, des médecins, des biologistes ou bioingénieurs mais, de plus en plus, nos sociétés pharmaceutiques ont aussi besoin de gens qui ont des doubles compétences, notamment des experts des sciences du vivant avec des compétences en ingénierie mécanique, en biostatistique ou en science des données. Il y a malheureusement eu, ces dernières années, une désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques. Il faut sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge pour leur montrer à quel point les carrières scientifiques peuvent être attractives. Après tout, il est essentiellement question d’innover et de trouver de nouveaux traitements pour soigner les maladies qui, aujourd’hui, ne sont pas encore curables. Au niveau des perspectives d’emploi et des valeurs, ce sont de beaux métiers. »

Sylvie Ponchaut

Depuis quand est-on confronté à cette pénurie?

« À mon sens depuis deux bonnes années, voire trois. Mais ce qui est surtout préoccupant, c’est le futur. Notre pôle est une ASBL qui compte aujourd’hui plus de 230 membres et, quand on les interroge sur leurs perspectives de croissance, on sait déjà que, mathématiquement, par rapport aux profils qui sortent chaque année des hautes écoles et universités, on ne couvrira pas les besoins des entreprises. Donc, en plus de travailler sur la formation de base en vue de convaincre les jeunes de se lancer dans ces filières, on va aussi devoir être attractif vis-à-vis de profils étrangers et aider certaines personnes en Belgique à se reconvertir. On a besoin de différents types de profils: des docteurs avec thèse ainsi que des masters et des bacheliers. L’idée des reconversions est aussi un domaine qu’il faut absolument creuser dans les années à venir, les carrières étant de plus en plus longues. »

Quels sont les autres défis à relever?

« Les thérapies actuellement en développement dans les boîtes pharma sont, pour la plupart, des thérapies qui coûtent très très cher. Il est important que ces thérapies soient abordables pour les patients et la sécurité sociale. La recherche aboutit à des traitements innovants qui repoussent sans cesse des maladies jusqu’ici incurables, ce sont de très bonnes nouvelles, mais il faut travailler à optimiser des systèmes de production de ces produits afin qu’ils coûtent moins cher. Et être innovant sur plusieurs fronts pour rendre ces traitements accessibles à tous. Le défi est de taille mais c’est extrêmement important. »

Comment voyez l’avenir du secteur?

« Si l’on est conscient des risques, à savoir la pénurie de talents et le sous-financement de la recherche universitaire, et si l’on contre ces menaces, c’est un avenir assez radieux qui s’annonce pour notre secteur. La compétition internationale est rude, il ne faut pas le nier, mais notre pays a de nombreux atouts. Si l’on se concentre sur nos forces, on peut garder un certain leadership dans les domaines technologiques où la Belgique excelle. »

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