Parfois critiqués lorsqu’on aborde la question environnementale, les grands secteurs d’activité économique se mobilisent pourtant afin de trouver des solutions innovantes et durables. Trois représentants du monde industriel témoignent dans ce sens. 

Geoffrey CloseGeoffrey Close.
Responsable des productions du groupe Prayon

Pouvez-vous nous décrire vos activités, et les enjeux du secteur dans lequel vous travaillez?

« En résumé, Prayon est actif dans la chimie des phosphates, de la production d’acide phosphorique de base jusqu’aux sels phosphatés utilisés dans les applications horticoles, industrielles, agro-alimentaires ou énergétiques, en passant par l’acide phosphorique purifié. Souvent, quand on évoque les enjeux environnementaux liés au secteur de la chimie, on pense principalement à l’impact sur la qualité de l’air, des eaux et des sols, ainsi qu’à l’impact des diverses activités de transport et de logistique. Toutefois d’autres défis tout aussi importants se profilent également à l’horizon dans les décennies à venir. »

Du point de vue de l’environnement et du développement durable, quels sont les grands défis que le secteur rencontre? 

« À ce jour, nous respectons les normes concernant les impacts sur l’air, l’eau et le sol. Projetons-nous à présent sur le long terme qui comprend deux volets: les matières premières et l’énergie. Tous deux doivent faire l’objet de solutions de ruptures. Nous sommes conscients que les ressources ne sont pas infinies. Par conséquent en termes de gestion des matières premières les priorités sont: l’optimisation du rendement, la valorisation des éléments présents, et le recyclage des sous-produits. Nous devons passer d’un modèle industriel linéaire à un modèle circulaire. Quant au volet énergétique, la solution s’oriente principalement sur l’usage de sources alternatives comme l’électricité et l’hydrogène verts. » 

Quelles solutions/innovations s’offrent à vous pour remplir ces défis? 

« Pour réussir la transition, plusieurs facteurs vont entrer en ligne de compte, à commencer par des éléments purement économiques comme le prix des matières premières ou le niveau des éventuels subsides. Surtout, cela va demander beaucoup de travail avec les partenaires traditionnels que sont les centres d’expertise, mais aussi les clients et les fournisseurs. Les entreprises du secteur de la chimie ne sont qu’un maillon du circuit, mais je pense surtout qu’elles doivent être porteuses de solutions en matière de développement durable. »

Pol Van de VyverePol Van de Vyvere.
Attaché à la direction chez Wanty

Pouvez-vous nous décrire vos activités, et les enjeux du secteur dans lequel vous travaillez?

« On peut regrouper nos activités sous l’appellation assez vaste de “travaux d’infrastructure”. Tant pour des marchés publics que privés, nous réalisons des travaux routiers, de génie civil, de terrassement, d’assainissement ou encore de construction de bâtiments préfabriqués. Il faut savoir que nous sommes dans un secteur qui est quotidiennement très suivi et contrôlé par l’administration. Prenons par exemple le cas, transversal à toutes nos activités, des mouvements de terres. Il y a toute une procédure qui inclut des déclarations trimestrielles auprès de la Wallonie, un travail d’analyse préliminaire et un suivi strict de l’opération. Et bien sûr, nos sites d’exploitation font aussi l’objet de permis et d’autorisations. »

Du point de vue de l’environnement et du développement durable, quels sont les grands défis que le secteur rencontre? 

« Il y a d’abord un meilleur suivi des émissions de CO2. Bien sûr, des choses sont déjà en place, mais on peut toujours faire mieux. D’autant que du côté des grands donneurs d’ordres publics, et certainement aussi privés, les demandes vont se multiplier dans ce sens. Je pense par exemple à un de nos très gros chantiers pour la Wallonie. Un expert y est mobilisé pour un suivi CO2 complet du début à la fin. Ensuite, il y a une exigence très claire d’augmenter notre taux de recyclage. Nous devons développer des outils qualitatifs pour diminuer le nombre de déchets allant en décharge. Or il faudra vraiment se concentrer sur la qualité des matériaux recyclés, qui doivent répondre à des critères de réutilisation très élevés. » 

Quelles solutions/innovations s’offrent à vous pour remplir ces défis? 

« En interne, nous menons d’importants projets de recherche et développement. Nous sommes par exemple dans un processus pour faire certifier une de nos filiales “0 carbone”. L’idée étant, dans une dynamique de réflexion intégrée, d’en faire un moteur pour le reste du groupe. Nous avons aussi des programmes visant à une plus grande réintégration de matériaux qui sont actuellement éliminés, pour en faire des matériaux de substitution. Certains de nos projets jouissent par ailleurs de l’impulsion financière des pouvoirs publics, et sont menés avec le concours des centres de recherche extérieurs. »

Pierre LebasPierre Lebas.
Expert Énergie et responsable du département achat chez Lampiris

Pouvez-vous nous décrire vos activités, et les enjeux du secteur dans lequel vous travaillez?

« L’énergie est un enjeu majeur de la problématique environnementale. Le secteur joue un rôle moteur dans la transition vers une société bas-carbone. Le développement des énergies renouvelables est au centre de cette évolution. Notre secteur a progressé dans le bons sens en diminuant significativement ses émissions de gaz à effet de serre depuis 2005 et ne représente plus aujourd’hui que 18 % des émissions totales en Belgique. Bien sûr, nous devons encore faire mieux. Mais je pense que les énergéticiens que nous sommes, s’ils ont leur part de responsabilité, font surtout partie de la solution. »

Du point de vue de l’environnement et du développement durable, quels sont les grands défis que le secteur rencontre? 

« La Belgique a pris la décision de sortir du nucléaire, qui représente aujourd’hui 40 % de son mix énergétique, à l’horizon 2025. Nous allons donc devoir développer de nouvelles sources d’énergie bas-carbone. Les défis sont multiples. D’abord, accélérer le développement des énergies renouvelables, puisqu’on souhaite augmenter la capacité installée de 50 % à l’horizon 2030. Mais ces sources d’énergie sont intermittentes, puisqu’elles dépendent de l’intensité du vent ou du soleil. Dès lors, il faudra compenser cette variabilité en investissant dans des sources de production d’électricité bas-carbone alternatives, comme les centrales à gaz, et dans des unités de stockage, comme des stations de pompage-turbinage ou des batteries. » 

Quelles solutions/innovations s’offrent à vous pour remplir ces défis? 

« Je crois que notre rôle, dans un cadre incitatif mis en place par les pouvoirs publics, est d’accompagner les consommateurs dans leur implication en tant qu’acteurs de cette transition. S’attaquer à la réduction de la consommation de nos clients grâce à l’isolation, la rénovation du parc immobilier ou la modernisation des installations de chauffage constituent des mesures de choix. Le déploiement des compteurs intelligents, que je regrette de voir reporté de manière systématique, permettrait par ailleurs un usage plus optimal de l’énergie par les clients. Il faciliterait aussi l’intégration de solutions innovantes comme la production solaire décentralisée ou l’adoption de véhicules électriques, un élément clé pour une mobilité plus verte. »