Accueil Interview Philippe Lambillon: « Le hasard fait toujours bonne compagnie! »

Philippe Lambillon: « Le hasard fait toujours bonne compagnie! »

Texte©RTBF

Depuis 40 ans, Philippe Lambillon parcourt le monde à la recherche de l’inconnu pour son émission les Carnets du Bourlingueur. Curieux de découvrir comment les peuples d’ailleurs vivent, il n’a jamais peur de ce qui l’attend. Son atout voyage? Le hasard et rien que le hasard!

Vous considérez-vous comme un aventurier?

« Quand j’ai commencé il y a 40 ans, j’avais l’impression d’être le premier à faire ce que je faisais. Aujourd’hui, avec tous les satellites au-dessus de nous, il faut déjà s’enfoncer bien loin dans les jungles ou les forêts pour espérer encore découvrir quelque chose de nouveau. Mais j’avoue encore me considérer comme tel quand j’entre en relation avec un groupe ethnique en contact réduit avec la civilisation. »

Comment avez-vous choisi de voyager ainsi?

« Tout a commencé après mon service militaire, dans les années 70. J’ai commencé à travailler comme photographe pour certains quotidiens. C’est lors d’un voyage en Afrique où j’avais fait le plein de photos que je me suis dit que c’est ce que je voulais faire de ma vie. J’ai continué à faire des photos que je vendais en Suisse ou en Belgique et j’ai acheté une caméra… »

… ce qui vous a amené à faire de la télévision…

« Oui mais rien ne m’y destinait vraiment. J’ai acheté une caméra parce que ça se rapprochait de la photo. Mon idée principale était que je voulais montrer aux gens qu’il restait des choses à découvrir en dehors de ce que les agences de voyage proposaient. »

Des destinations lointaines sont aujourd’hui à quelques heures de voyage et à des prix imbattables.

On peut dire que la chance a fait partie de votre carrière…

« Tout à fait! Cela a toujours été mon moteur. C’est grâce à ça que je fais mes émissions depuis 40 ans. Je ne réserve ou je ne prévois jamais rien. »

Serait-ce le premier grand conseil que vous donneriez à tout aventurier qui sommeille en nous?

« Oui, mais c’est difficile car aujourd’hui, on a tendance à faire tout le voyage à l’avance sur Internet. Mon idée est qu’il faut uniquement réserver son billet d’avion, puis monter dans le premier bus que vous croisez. À partir de là, vous m’emboîtez le pas dans mes voyages. Vous vous arrêtez à certains stops, vous parlez aux gens, vous les suivez et vous découvrez des choses. Si vous avez de la chance, votre bus tombera en panne, des villageois viendront vous aider et sur le côté de la route, vous découvrirez un élevage de rats ou de tarentules (rire). J’ai tourné plus de mille films et c’est toujours selon ce procédé que j’ai découvert de nouvelles choses. Le hasard fait toujours bonne compagnie! »

Le tourisme ordinaire n’est vraisemblablement pas quelque chose qui vous colle à la peau…

« Effectivement! Quel est l’intérêt d’aller au Pérou, visiter le Machu Picchu, téléphone en main pour faire un selfie? C’est horrible! Le pire est de voir des groupes de touristes se filmant en marche arrière avec le site touristique derrière eux. On ne va pas dans un pays ou sur un nouveau continent pour répertorier des endroits que tout le monde a déjà vus. On a l’impression qu’on a donné une liste de sites indispensables à visiter et qu’on se doit de les visiter. Mais c’est ridicule, étant donné que ces sites n’ont plus rien de naturel. Ils ont été aménagés pour que l’on s’y rende. Si c’est comme ça que vous aimez voyager, voici mon conseil: allez sur Internet pour contempler les photos des temples, c’est moins cher! »

Croyez-vous qu’il est facile de changer de style de vacances?

« Pour quelqu’un qui fait des croisières tous les ans ou qui séjourne dans des hôtels all inclusive, cela doit être très difficile. Le plus dur est d’abandonner sa masse de confort. Ces gens vivent souvent dans un monde où tout est fait pour eux. Ils n’imaginent certainement pas passer de ça à un logement sans électricité ou sans toilette. »

Ce que vous prônez donc, c’est le voyage type « slow travel », c’est ça?

« Oui, ce serait ça l’idée. Ne pas avoir de timing ni d’itinéraire. C’est ce que je vis sans équipe de tournage, dans la phase de repérage pour mes reportages. Tant que je n’ai pas fait ce que j’avais envie de faire quelque part, je ne décroche pas. Tant que j’apprends quelque chose et qu’à la fin de la journée, je suis toujours en train de m’émerveiller, je ne vois pas pourquoi je partirais. Mais il est évident qu’il ne faut pas rester sans rien faire, allongé sur un transat. Tout le monde n’a pas le temps de voyager comme ça. »

Quels sont les risques à éviter ou les erreurs à ne surtout pas commettre?

« Le plus grand risque reste les maladies que vous pouvez contracter sur place. Il ne faut pas prendre cela à la légère. Personnellement, même en prenant mes précautions, j’ai réussi à contracter plusieurs malarias. Donc si vous prévoyez un voyage dans les régions tropicales, il est indispensable de prendre une moustiquaire avec vous. On n’en parle pas assez mais les moustiques font quand même plus d’un million de morts chaque année. Il est également important de faire attention à ce que l’on mange. Avec des enfants, il faut par exemple leur interdire les jus de fruits provenant de marchés ou encore les glaçons dans leurs verres. En fait, l’idée principale est de se dire qu’on ne doit pas se comporter comme si on était chez soi. Moi, j’ai toujours des séquelles de ce que j’ai pu choper les années précédentes. Le monde est quand même dangereux. »

Cela coûte-t-il cher de voyager comme vous le faites?

« Certainement pas! Il est possible de vivre avec 25 dollars par jour car pour des destinations comme l’Asie du Sud-Est. Vous pouvez par exemple compter 5 dollars pour un hôtel. Ce ne sera pas le grand luxe. Mais le principal reste de pouvoir y dormir. Les billets d’avion sont aussi très abordables. On parle de 500 euros. Plusieurs personnes m’ont déjà contacté en détaillant le budget qu’ils comptaient mettre dans leur voyage. Mais il est souvent très élevé à cause de l’influence de ce qu’ils découvrent dans les guides de voyage. »

Y a-t-il un âge limite pour voyager?

« Quand on a une âme d’enfant et que le voyage se base sur la découverte et la joie, l’âge n’a pas de prise. Je suis sûr de pouvoir encore entreprendre des choses que je faisais déjà quand j’étais jeune. »

SMART FACT.

Si Philippe Lambillon n’avait pas été aventurier…

… il aurait été brancardier pour Mère Teresa. Il a eu la chance de faire un reportage sur elle quand il était jeune. Il a été marqué par la misère dans laquelle les gens qu’elle accompagnait étaient plongés. Il aurait pu accompagner ces gens dans les mouroirs. Peut-être pas toute sa vie bien sûr. Mais cela lui aurait mieux plu que d’être fonctionnaire.

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