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À la conquête du 7e ciel

L’aéronautique wallonne est un succès économique sans pareil dans le sud du pays. Bâti sur la clairvoyance et le dynamisme d’un écosystème très dense, il n’en est pas pour autant acquis… Car les défis à venir doivent être pris en main dès aujourd’hui.  

Il y a d’abord une situation géographique : ce triangle au cœur de l’Europe, idéalement calé entre la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Il y a ensuite deux grands bassins d’emploi, Liège et Charleroi, aujourd’hui dotés d’aéroports, et autour desquels le secteur aéronautique s’est construit. « Historiquement, ces deux bassins ont des compétences fortes en mécanique de précision depuis des dizaines d’années», raconte Etienne Pourbaix, directeur du pôle de compétitivité aérospatial Skywin, créé en 2006 dans le cadre du Plan Marshall.

Le début d’une success story

L’élément déclencheur de l’envol de l’industrie aéronautique fut toutefois l’acquisition des F16 de Lockheed Martin au milieu des années 70. « Des compensations furent octroyées aux industriels belges, qui purent se développer en se tournant vers la construction de mécaniques pour ces F16. Ensuite, dans les années 80, les entreprises wallonnes eurent du flair en acquérant les compétences nécessaires pour entrer dans la ‘supply chain’ du français Airbus. » Instinct et diversification entrepreneuriaux donc, sur fond d’aides publiques. « L’opportunité de surfer sur de grands programmes européens et américains a été déterminante », confirme de son côté Ashley Lyon, expert aéronautique et spatial pour la Wallonie. 

L’opportunité de surfer sur de grands programmes européens et américains a été déterminante.
Ashley Lyon, expert aéronautique et spatial

Aujourd’hui, l’aéronautique civile, ce sont plus de 6.000 emplois directs en Wallonie. Skywin ne compte pas moins de 90 industriels actifs dans cette filière, qui brassaient en 2018 un chiffre d’affaires de 1.6 milliard d’euros. « Et la Wallonie représente 65 à 70% de l’activité aéronautique belge. » s’enthousiasme Etienne Pourbaix. Mais concrètement, comment entretient-on ce succès  sans « grands noms », comme Boeing ou Airbus ? « Nous possédons tout un écosystème de PME actives en aval et en amont de la chaîne de production, au niveau de la mécanique de précision et de la simulation », avance le directeur de Skywin. Dans les sud du pays, on pose donc la main (et même les deux) sur la conception de moteurs, d’éléments de fuselage, de logiciels ou encore de systèmes embarqués. Et les PME s’activent dans le sillage de gros poissons comme la Sonaca, Safran et la SABCA, qui sont des leaders mondiaux. L’écosystème wallon propose donc des compétences pointues et incontournables pour les gros constructeurs – près de 5% d’un Airbus est aujourd’hui développé en Wallonie – ce qui justifie la rémunération d’une main d’œuvre relativement coûteuse et à l’abri des délocalisations. Et puis la Wallonie jouit d’une aura qui attire les capitaux étrangers : « aujourd’hui, deux tiers des emplois des entreprises du pôle Skywin proviennent de capitaux étrangers, c’est-à-dire des entreprises dont plus de 10% du capital n’est pas belge, d’après la définition européenne » précise Ashley Lyon. « Je pense que pour rester compétitif, nous avons besoin également de ces capitaux et de ces idées qui viennent de l’extérieur. Par contre, il faut évidemment s’assurer qu’ils restent dans notre écosystème. »

Le défi: assurer la pérennité de l’aéronautique belge

En moins d’un demi-siècle, la Wallonie a écrit une véritable « success story » dans son ciel. « Mais tout le challenge est de maintenir cette position », prévient Etienne Pourbaix. Et c’est bien là une des missions de Skywin, organisme qui regroupe les industriels du secteur, mais aussi l’incontournable tissu académique (universités, hautes écoles) et les centres de recherches. Ensemble, ces acteurs doivent déjà se projeter en 2030 et maintenir une intense activité de recherche et développement pour ne pas passer à côté des défis qui redessineront le ciel de demain. Défis qui s’appellent « intelligence artificielle », « internet des objets » et surtout, dans un contexte de baisse des émissions de carbone : « électrification ».

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