La Wallonie peut se targuer de figurer parmi les leaders mondiaux en biotechnologies. Le secteur connaît un essor considérable depuis une dizaine d’années, une tendance qui n’est pas près de décliner, à condition toutefois, pour la Région, de relever une série de défis. 

Lointaine est l’époque où l’on associait la Wallonie aux seules industries du charbon, du fer et des verreries. Le territoire est désormais reconnu pour ses performances en matière de biotechnologies. « Nous sommes particulièrement actifs en matière de biotechs de la santé », déclare Tineke Van hooland, secrétaire générale adjointe de bio.be/essenscia, la fédération belge des entreprises des sciences de la vie et des biotechnologies. « 80 % de l’activité y est consacrée. L’agrobiotech représente 15 %, et les derniers 5 % relèvent de la chimie biobasée. Ces chiffres sont valables pour la Wallonie mais aussi pour la Belgique dans son ensemble. »

La success story wallonne résulte de ses nombreuses connaissances acquises depuis un siècle dans le domaine de la chimie, de la qualité de recherche et de développement de son industrie pharmaceutique, mais aussi de la force de l’écosystème qui ne cesse de s’étendre autour du réseau des biotechs: universités, spin-off universitaires, spin-out d’entreprise, et autres sociétés de conseil et de services.

Un écosystème florissant et des collaborations fructueuses

« J’observe à travers l’histoire une accélération des processus », note Frédéric Druck, secrétaire général de bio.be/essenscia. Les premières sociétés biotechs qui ont rencontré du succès ont démarré leurs activités fin des années 80, début des années 90, et ont mis une trentaine d’années pour développer leurs produits et connaître leurs premiers succès. « Grâce à leurs connaissances, grâce à leur collaboration dans l’open innovation, à savoir l’innovation ouverte avec les acteurs de recherche à la fois académiques et privés, grâce au soutien fort de la Région wallonne, son administration de la recherche, et grâce aussi à la constitution d’un écosystème grandissant qui offre une complémentarité importante au secteur, les sociétés de biotechs parviennent maintenant à obtenir des développements et résultats probants en une vingtaine d’années. »

Nous sommes particulièrement actifs en matière de biotechs de la santé.
Tineke Van hooland, bio.be/ essenscia

L’efficacité de la Wallonie se vérifie dans l’innovation, la recherche et le développement, mais aussi dans les champs de la production et de la logistique. « Le marché belge est petit, la majeure partie de la production de nos entreprises est destinée à l’étranger », note F. Druck. « Ces dernières exportent 95 % de leur travail, ce qui représente aujourd’hui 40 % de l’exportation wallonne totale. »

Un poids lourd de la Région

Pour la Région, l’industrie biotechnologique à elle seule représente 30.000 emplois. Environ 200 entreprises œuvrent dans le domaine de l’innovation. Et si l’on comptabilise aussi toutes les sociétés impliquées indirectement – les sous-traitants et prestataires de services externes – ce sont plus de 350 entreprises qui sont actives dans le secteur. « Il y a une dizaine d’années, les grands besoins du secteur se situaient au niveau du financement. On cherchait des fonds et il y en avait peu. Aujourd’hui, publics ou privés, ils sont nombreux, disponibles et structurés. Mais là où le bât blesse, c’est que face à la croissance de notre industrie, nous risquons bientôt de faire face à une pénurie de talents. »

Des défis à venir pour se péréniser

Pour l’année 2019 uniquement, le secteur des biotechs et de la chimie recrutait quelque 1.400 candidats. 80 % des offres d’emploi concernaient le biopharma. « La demande du secteur est importante, mais le marché n’y répond plus », constate F. Druck. « La disponibilité des talents, demain, ne sera possible qu’en éveillant l’intérêt des jeunes pour les STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, NDLR) et ce, via les études, secondaires et supérieures, mais aussi des stages en entreprise et de la formation en alternance. »

L’autre défi auquel devront faire face les entreprises de biotechs est la digitalisation. « Cette dernière permet d’optimiser les processus de développement et de production. La numérisation de nos outils de formation, avec la réalité virtuelle ou augmentée, aidera aussi les entreprises à assurer le développement personnel de leurs ressources. La digitalisation représente un enjeu majeur pour le maintien de la compétitivité du secteur. »