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Faire sauter ses bouchons

TEXTE: FERNAND LETIST

Villes engorgées par l’automobile, transports publics faiblards, modes alternatifs peu développés, aménagement urbain à revoir… Une vision d’avenir et de vraies solutions s’imposent pour fluidifier les déplacements. Bruxelles y est déterminée.

L’infernal casse-tête mobilité reste entier malgré les tentatives de le résoudre. À Bruxelles, les deux nouveaux ministres Ecolo-Groen, Elke Van Den Brandt à la Mobilité et Alain Maron à l’Environnement, manifestent pourtant la ferme volonté de décongestionner une bonne fois la région bruxelloise et à en découdre avec tous les acteurs du problème, à commencer par la présence automobile en ville.
Le plan Good Move

« Il y a urgence à redonner au citoyen les moyens de bouger librement, en toute sécurité et de respirer de l’air pur. Bruxelles est la capitale européenne des embouteillages qui coûtent à notre pays 8 milliards d’euros par an », épingle Elke Van den Brandt. « Investir dans une mobilité fluide, avec une multitude de solutions alternatives à la voiture, serait bénéfique aux citoyens comme à notre économie. » Dans ce sens, la ministre de la mobilité et son confrère de l’environnement ont dégainé « Good Move », un plan sur dix ans qui place l’enjeu de la mobilité au centre des politiques environnementale et de (ré)aménagement pour « une ville plus fluide, agréable, saine et sûre. »

Deux leviers

« Pour réduire la congestion et la pollution, Bruxelles doit actionner deux grands leviers. Le premier est d’encourager un “modal shift” dans la capitale, en favorisant la marche à pied, le vélo, les transports collectifs et l’intermodalité au détriment de la voiture individuelle », décrit Lucas Demuelenaere, conseiller au cabinet d’Alain Maron. « Le second consiste à fortement réduire les émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre émis par les véhicules. »

L’objectif « Ville 30 »

Le plan « Good Move » veut aussi généraliser l’objectif « Ville 30 » pour 2021. Rouler à maximum 30 km/h serait la norme et à 50, l’exception; étendre les réseaux urbains de pistes cyclables; régler son compte au parking automobile en voirie et longue durée. Bref, dégager un maximum la voiture de l’espace public pour remettre l’humain au centre de sa mobilité selon une hiérarchisation logique des modes de déplacement: la marche, le vélo, les transports en commun et, enfin, la voiture « clean » et en mode partagé.

‘Le meilleur des déplacements, pour l’environnement comme pour la mobilité, est celui qu’on ne doit pas effectuer.’
Prof. Éric Cornélis, Université de Namur

Le duo politique table aussi sur l’investissement dans plus de transports en commun (métros, trams, bus), plus de lignes, de correspondances, et une augmentation de 30 % de leur capacité, etc.

Le paradigme actuel

Le professeur Éric Cornélis de l’Université de Namur, spécialiste des transports, voit lui les choses sous un autre angle: « Ne serait-il pas plus sage de se focaliser davantage sur la demande (les besoins de mobilité) que sur l’offre (infrastructures, transports en commun…)? Il faut modifier ce paradigme actuel qui prône la mobilité et plutôt réfléchir à comment faire en sorte d’avoir moins besoin de se déplacer. Laisser se développer à l’infini la demande de mobilité et construire toujours plus d’infrastructures mène aussi dans le mur. Le meilleur des déplacements, pour l’environnement comme pour la mobilité, est celui qu’on ne doit pas effectuer. »

Multimodal

Côté FEBIAC (Fédération Belge de l’Automobile et du Cycle), on scrute aussi la nouvelle politique en gestation. « Rendre le consommateur plus “multimodal” c’est bien car chaque trajet peut avoir son moyen de transport adapté. Mais pas besoin d’interdire un moyen de transport particulier comme la voiture. Il suffit d’encourager les alternatives aux endroits et aux moments où elles sont les plus appropriées. »

L’argument ne touche nullement Florine Cuignet du GRACQ, l’asbl des Cyclistes Quotidiens. Fermement agrippée à son vélo, elle fait tinter sa sonnette: « L’omniprésence de la voiture dans l’espace public est clairement le frein n° 1 à l’utilisation du vélo, tout comme à la marche, sans compter ses effets désastreux sur la santé, l’environnement, la sécurité routière… la qualité de vie. Alors que rouler à vélo c’est du pur plaisir! »

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