À l’heure où le secteur automobile traverse une phase de mutation sans précédent, Didier t’Serstevens, directeur de Porsche chez l’importateur D’Ieteren, évoque l’avenir de la mobilité. Alors que sa marque aborde un important tournant électrique.

Directeur d’entreprise réputé discret malgré sa longue expérience (Skoda, Audi), disant préférer toujours « mettre la marque en avant », Didier t’Serstevens peut se targuer de gérer le premier importateur indépendant au monde de Porsche, en termes de volume de ventes. Alors que la marque commercialise avec son Taycan son premier véhicule 100 % électrique, celui qui a en charge 9 concessionnaires sur notre territoire, parle avec nous du futur.

Les derniers chiffres en attestent, votre marque se porte bien. De quoi vous réjouir?
« C’est vrai, avec un parc de 41.000 véhicules en pleine croissance, nous pouvons même
être fiers de nos résultats, si on se compare à nos pays voisins. Mais vous arrivez justement là à un moment crucial pour Porsche, puisqu’en lançant le Taycan, notre toute première voiture électrique, il est évident que notre marque entre aujourd’hui dans une nouvelle ère, qui concilie l’électrique à la mobilité. Parce que clairement, en plus de continuer à offrir le plaisir de conduire, nous voulons être un acteur important pour toutes les solutions de mobilité. La mobilité et le plaisir sont d’ailleurs deux aspects qui peuvent tout à fait se concilier. »

©Ian Hermans

La mobilité, un thème en vogue. Plus que jamais?
« Il est évident que cette thématique (re)fait souvent surface, autour de nous. Mais je pense que les changements se mettent progressivement en place. Dans notre stratégie en tout cas, il y aura toujours tant des voitures à combustion, que des hybrides et des électriques. Quant à savoir laquelle de ces trois directions prendrons-nous davantage, cela dépendra aussi bien de la problématique du moment présent que de l’évolution de la demande du client. Mais dans ces trois cas, nous sommes fin prêts! »

On peut néanmoins prétendre que l’électrique se dégage bien?
« Oui. Lorsqu’on observe qu’il y a chez nous déjà 700 véhicules Taycan pré-réservés, on
peut dire que c’est très bien parti, oui. Je dirais que cette transition est même carrément hallucinante, car c’est un véhicule qui peut se recharger à 80 % en 22 minutes, soit plus rapidement qu’un téléphone! Un réseau de 150 bornes rechargeables est en train de se mettre en place partout en Europe, et on en comptera même 400 fin 2020. Le changement d’habitudes va de toute façon être profond chez tout le monde: aujourd’hui on s’arrête pour faire le plein, demain on rechargera sa voiture quand on s’arrêtera. Et comme la 911 a été une référence dans les voitures de sport, le Taycan, j’en suis intimement convaincu, le sera pour les voitures électriques. »

©Ian Hermans

‘La mobilité et le plaisir sont d’ailleurs deux aspects qui peuvent tout à fait se concilier.’

Vous semblez particulièrement confiant!
« C’est vrai, mais c’est parce qu’on a été bluffé par nos récents essais, qui ont été absolument phénoménaux, dans tous les domaines: l’accélération, la tenue de route, le centre de gravité très bas, le freinage…: même les porschistes les plus puristes, soit ceux qui se demandaient si nos voitures pouvaient réellement devenir un jour électriques, en
sont eux-mêmes persuadés! Dès le mois de février, on commencera donc à en apercevoir sur les routes. Porsche constituera donc encore longtemps une référence. À nous, bien sûr, de continuer à préparer au mieux ce tournant majeur, ainsi que de garder un œil permanent sur les nouvelles technologies. »

Quelles autres solutions imagineriez-vous encore?
« Oh, j’en vois une flopée. Des véhicules autonomes dans les villes aux transports multimodaux, en passant simplement par le développement du home-working, etc… Chacun d’entre nous espère voir bientôt un trafic plus fluide. C’est même une préoccupation majeure pour tout le secteur. Mais je le répète, on tient à rester d’importants pourvoyeurs en mobilité. Il faut de toute façon bien se rendre compte que dans les cinq prochaines années, notamment avec ce qui concerne la connectivité, on va assister à plus de changements dans l’automobile qu’il n’y en a eu au cours des 50 dernières années de l’histoire. C’est un fait. »

…en atteste d’ailleurs votre signature avec Boeing, pour mettre en place des voitures volantes?
« Oui, mais croyez-moi, tout ça est concret et se met en place bien plus rapidement qu’on ne le croit. Il y a déjà une maquette – au tiers – qui existe. Il en volera dans les 5 à 10 ans à venir, mais principalement dans les mégalopoles. Et ce véhicule volant, tout à fait exclusif, sera lui aussi électrique, tout en gardant évidemment un design Porsche. Et ça aussi, cela fait partie des solutions de mobilité. Mais là encore, j’insiste, on maintiendra l’âme de la marque, en restant une référence, à la pointe de tout ce qui se passe, tout en gardant l’objectif de toujours satisfaire le client. »

©Ian Hermans

‘Des véhicules autonomes dans les villes aux transports multimodaux, en passant simplement par le développement du home-working… Chacun d’entre nous espère voir bientôt un trafic plus fluide.’

Cette âme, comment pourriez-vous la décrire?
« Pour moi, la magie Porsche ne peut vraiment se connaître que si on entre dedans. Parce qu’avec cette marque, on vit une expérience. On cultive cela par exemple à travers des cours de conduite, le Porsche Experience, en Belgique ou à l’étranger. Puis, il y a tout ce qu’il y a autour. Le sport fait toujours partie de notre ADN. Nous détenons le record de victoires aux 24h du Mans et nous avons remporté 30 000 épreuves toutes catégories confondues. Il nous manque encore une victoire en Formule E (la F1 électrique, NDLR). Mais nous y travaillons. »

Il n’y a pas si longtemps, vous déclariez que chez Porsche, on était moins arrogant qu’on ne le pensait. Pourquoi?
« Oh, pour avoir travaillé auparavant chez d’autres marques, c’est parfois une impression qu’on peut avoir de l’extérieur, à tort. Or, c’est une marque étonnante. À titre personnel, pour mieux comprendre les envies des clients et parce que ça m’est très enrichissant, je
passe pas mal de temps avec les managers, les concessionnaires, les réceptionnaires, les vendeurs, les mécaniciens… car j’ai comme grand principe que “l’autre a toujours une part de vérité”. On tient à garder cet esprit familial. Mais je dirais que l’élément fondamental chez nous, c’est cette passion unique pour la marque. C’est une dimension qu’on ne retrouve nulle part ailleurs! »


SMART FACT

Si Didier t’Serstevens n’avait pas été chef d’entreprise dans l’automobile, il aurait été…
« Ce n’est jamais simple de répondre à cette question, mais j’aurais de toute façon été dans le commerce, davantage pour les contacts que pour les finances, car c’est d’abord le client qui m’intéresse. Et idéalement avec un produit chouette et spécifique. Comme les beaux voiliers, par exemple! Car là aussi, il y a des véhicules formidables. Ah, ce vent dans les voiles… (sourire) »