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Le tourisme noir, trouble fêtes

Parce qu’on baigne dans la douceur, la convivialité et la joie pendant les fêtes, on contrebalance. Et on découvre une sorte de tourisme de l’extrême: le tourisme noir.

Il s’agit d’une forme particulièrement controversée de tourisme. Aussi appelé tourisme macabre ou thanatourisme. Il s’agit de visiter des lieux associés à une catastrophe, un désastre ou un massacre. De la centrale de Tchernobyl aux villes détruites de Syrie, en passant par le camp d’Auschwitz-Birkenau, voici quelques exemples de dark tourism. Cette notion a été théorisée dès les années 90 par les chercheurs M. Foley et J.J. Lennon, dans Dark Tourism: the Attraction of Death and disaster. Mais ce divertissement macabre n’a rien de récent selon l’Institut de recherches sur le Tourisme noir: déjà sous l’Empire romain, les populations se déplaçaient en masse pour voir mourir des gladiateurs au combat.

Ce qui ferait de vous un adepte, c’est avant tout l’attrait pour le côté macabre: la proximité avec la mort et le désastre doivent motiver le voyage

Aujourd’hui, le phénomène s’est surtout intensifié et médiatisé par l’intermédiaire des réseaux sociaux. La mort a ceci d’attractif chez les Occidentaux qu’on la tient à distance, qu’on la cache, et qu’elle ne surgit plus par hécatombe, comme c’est encore le cas dans d’autres parties du monde en conflit. Et quand elle ressurgit, que ce soit un accident, une passe d’armes ou un attentat, certains n’hésitent pas à dégainer leur smartphone et filmer ou photographier la scène. La proximité avec le macabre dérange et fascine.

Est-ce du voyeurisme?

Vous aimez visiter des cimetières, frissonner en arpentant d’anciens champs de bataille, revisiter notre mémoire collective en passant par un camp de concentration? On vous rassure de suite. Ça ne fait pas de vous un fou de tourisme noir! Par intérêt historique ou devoir de mémoire, certains endroits sont de hauts lieux de tourisme. Mais ce qui ferait de vous un adepte, c’est avant tout l’attrait pour le côté macabre: la proximité avec la mort et le désastre doivent motiver le voyage.

Attention à ne pas confondre le dark tourism avec l’urbex. L’exploration urbaine consiste à découvrir des zones abandonnées, des bâtiments en ruine. On peut trouver des urbexeurs plus intéressés par le toit des villes (toiturophiles), par les réseaux d’égouts ou par les catacombes. Le plaisir des ubexeurs consiste essentiellement à découvrir, visiter et voir ce que personne d’autre ne voit. La dégradation est interdite dans leurs principes éthiques.

Tourisme sauvage!

Cet aspect du tourisme inquiète un peu, agace surtout. La pratique n’est pas encadrée. Au gré des modes, des lieux peuvent se retrouver pris d’assaut, comme la ville de Pripiat (Ukraine), près de la centrale de Tchernobyl. Ces touristes de l’extrême ne respectent pas les interdictions et affoler le compteur Geiger devient, par défi, un jeu. Des touristes avaient également indigné les associations de victimes par leurs selfies tout sourire ou leurs poses sexy devant le mémorial dédié à la tragédie du 11 septembre: une atteinte au respect et à l’Histoire?

Des agences touristiques ont déjà repéré le bon filon. Elles proposent par exemple des séjours près de la centrale de Tchernobyl: de la réservation de l’hôtel jusqu’à l’obtention du permis militaire. D’autres promettent de suivre pas à pas le célèbre trafiquant de cocaïne, Pablo Escobar, qui fascine pour son argent, sa violence, sa vie tout en paradoxe. Certaines encore vendent une visite guidée des quartiers dévastés par l’ouragan Katrina (Nouvelle-Orléans, 2005).

En Belgique, pas encore de filière

Les bureaux de Wallonie Belgique Tourisme n’ont pas caché leur étonnement devant nos questions sur le sujet. « Notre but est de mettre en avant la beauté et le divertissement de notre région. On ne fait pas dans le macabre ou le sordide! » Virginie Muller, de l’agence de visite guidée Once in Brussels le confirme: « à part pendant les mois qui ont suivi les attentats en Belgique, on n’a pas de question particulière ou de demande pour ce tourisme-là. »

Si toutefois, l’aventure vous tente en Belgique, voici quelques lieux qui pourraient à la fois satisfaire vos envies de frissons et vos besoins de mémoire et recueillement. Et attention à ne pas heurter la sensibilité des locaux!

  • L’ancien hôpital de Salve Mater à Bierbeek:

Cet ancien hôpital psychiatrique a conservé un bâtiment qui est encore accessible aux plus curieux. Chaussures, flacons, lits ancrés au sol. On y trouve encore de nombreux détails et indices de la vie des patients sur place, qui ne manqueront pas de stimuler une imagination déjà débordante.

  • La mine de Waterschei (Genk):

Fermée en 1987, cette mine reste tristement célèbre pour le coup de grisou qui s’y produisit en 1929. Un accident qui fit 24 victimes et 851 blessés. La pire dans le bassin houiller campinois. Mais cette mine n’avait pas mauvaise réputation qu’à cause de l’accident. En 1983, peu de temps avant sa fermeture, 851 personnes avaient été blessées dans des effondrements ou chutes de pierres, sans compter les 364 blessés dans des accidents de machines ou de transports souterrains. De très mauvaises statistiques pour le site, qui ne comptait que 3600 travailleurs.

  • Le Fort de la Chartreuse à Liège:

Construit par les Hollandais au XIXe siècle, utilisé comme prison pendant la Première Guerre mondiale, puis comme hôpital durant la Seconde, le fort tombe aujourd’hui en ruine. Pour rappel, le fort est la propriété de deux agences immobilières, Matexi et Immo Chartreuse!

  • Le Fort de Breendonk:

Devenu camp de concentration. Situé à une vingtaine de kilomètres d’Anvers, dans la commune de Willebroek, ce fort a été construit au tout début du XXe siècle, pour servir la ligne de défense Anvers-Namur. Occupé pendant la Première Guerre mondiale par l’armée allemande, avant qu’ils ne capitulent, il est transformé en camp de concentration à partir de l’occupation en 1940. Il sert d’abord de camp de transit avant déportation. Le camp renommé Auffanglager Breendonk devient un camp de torture et d’exécution. Considéré comme un lieu hautement sécurisé, le camp accueillait autant de gardiens allemands que de Belges nazis: une cruauté supplémentaire pour les prisonniers belges.

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