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Black Friday: quel impact?

8,2 millions de transactions électroniques enregistrées pour l’édition 2018 du Black Friday. Depuis 2016, les Belges ont pris goût à ces promotions exubérantes. Alors que les journées spéciales se multiplient (Black Friday, Cyber Monday, Singles Day etc.), des voix s’interrogent sur leur impact sur la société et l’environnement.

Le Green Friday est un collectif d’associations et d’entreprises qui lutte contre l’hyperconsommation. Elles seront plus de 400 à ne pas proposer de réduction, et à reverser 10 % de leur chiffre d’affaires de la journée à une association de protection de l’environnement. En Belgique, le réseau pour la récup’ et la revalorisation, RES-SOURCES, se charge d’organiser le Green Friday. Outre les nombreux évènements sur le thème de la récupération et de la durabilité, l’ensemble des entreprises sociales ayant pignon sur rue a déjà annoncé ne pas participer. On parle ici de magasins comme Oxfam, Les Petits Riens et autres ressourceries wallonnes.

Le Black Friday est une vieille tradition 100 % USA. Depuis plus de cinquante ans, le vendredi qui suit Thanks Giving est pour beaucoup l’occasion d’aller en ville pour un peu de shopping alors que les magasins cassent les prix. La journée des promos s’est exportée en Belgique depuis trois ans. Beaucoup de consommateurs en profitent: faire leurs cadeaux de Noël, racheter une télé après que la leur est tombée en panne, ou simplement rafraîchir leur garde-robe. Savent-ils pourtant l’impact environnemental et sociétal que peuvent avoir leurs achats?

Le juste prix

« Du point de vue du consommateur, c’est peut-être l’occasion de faire de bonnes affaires. Mais cette journée rend précaires les emplois en ne rémunérant pas les fabricants, les marques et les magasins au juste prix » explique Nicolas Rohr, le fondateur du collectif « Make Friday green again » au journal Le Parisien. Ces difficultés sont encore plus vraies pour les petites entreprises et pour les indépendants. Quentin Huet est le représentant de Shopera, l’association des commerçants du centre de Bruxelles : « En discutant de manière informelle avec les commerçants, ils me disent que c’est un peu calme avant, sans doute parce que les gens attendent le Black Friday. » Ce qui leur permet d’anticiper le rush qui va courir jusqu’à Noël, et de préparer cette journée importante et rentable.

La Galerie Royale de Bruxelles, lieu de shopping de luxe.

« Maintenant il y a un problème: les commerçants ont l’impression qu’il y a tout le temps des promotions. Entre les soldes, Halloween, Black Friday, la fête des Célibataires, les braderies, Pâques etc., il y a toujours moyen de faire une fête. Et ils ont l’impression que le prix plein est de moins en moins payé et ils souffrent de cette politique-là. » Un constat que fait également Clarisse Ramakers, directrice du service d’étude à l’Union des Classes Moyennes (UCM) parce que « les multinationales achètent davantage de stocks, elles peuvent plus facilement baisser les prix pendant les promotions ».

Sofie Geeroms, la présidente de la principale association belge des commerces en ligne, BeCommerce, renchérit: « les défis des petits ne sont pas les défis des grands. » Selon elle, les plus petits ont tout intérêt à se placer également sur le marché en ligne. « Ils peuvent attirer beaucoup plus de clients, et pas juste les gens de passage. Avec Internet, on n’est plus liés à une frontière, à un quartier, à une rue. Le monde est un client potentiel. »

« Serial returners », la nouvelle plaie du e-commerce

Cet engouement pour le Black Friday profite d’ailleurs davantage aux entreprises de e-commerce : le 23 novembre 2018, le total belge des transactions via les e-commerces avait bondi de 65 % par rapport à un vendredi normal! Le recours aux achats en ligne plutôt qu’en boutique s’explique sans doute en Belgique parce que ce vendredi n’est pas férié, comme il l’est aux USA. Selon S.Geeroms, de BeCommerce, les principaux secteurs concernés sont l’électronique et la mode. Deux des industries les plus polluantes qui soient.

Si la mode devient toujours plus accessible en ligne, notamment grâce aux frais de retour gratuits, une autre pratique apparaît en réaction: les Serial returners. Une nouvelle mauvaise habitude qui touche surtout les moins de 30 ans, selon un sondage de Greenpeace Allemagne: un quart des colis qu’ils commandent retourne à l’envoyeur. La moitié de ces jeunes sait dès l’achat qu’ils en renverront une partie. Commander plusieurs tailles ou plusieurs couleurs leur permet d’essayer et choisir tranquillement chez eux.

Acheter en ligne le même vêtement en plusieurs tailles, plusieurs couleurs puis essayer chez soi. Ne reste qu’à renvoyer ce qui n’allait pas. Une nouvelle pratique, peu écologique.

Face à ce type de comportement, certaines marques prennent les devants. Asos UK par exemple, fait partie des marques ayant démocratisé le retour gratuit. Il a annoncé cette année instaurer une liste noire des clients qui en abusent, comme le fait déjà Amazon. Amazon a d’ailleurs été épinglée par la télévision publique allemande ZDF et le magazine WirtschaftWoche.  Les deux médias ont prouvé que 30 % des articles retournés à Amazon Allemagne sont soit jetés, soit broyés. Si la marque exprime ses regrets et dit chercher chaque jour de nouvelles solutions, le problème reste le coût. La remise sur le marché des articles renvoyés coûte parfois plus cher que leur destruction.

Produire en masse, acheter compulsivement et détruire pour rien?

Retrouver des habitudes de consommation responsable

Pour le représentant des commerçants membres de Shopera, « On doit se rendre compte que tout a un prix. (…) Les consommateurs sont aussi des acteurs. Et s’ils n’achètent que les promotions, les commerçants doivent vendre beaucoup plus pour faire de la marge. »  Face à cela, les solutions sont toutes trouvées, mais difficiles à instaurer. Il faudrait retrouver une consommation intelligente. « Le consommateur crée la dynamique: est-ce qu’il est prêt une fois de temps en temps à payer pour une veste plus chère qu’il veut vraiment ou est-ce qu’il préfère acheter en masse les mêmes vestes que tout le monde? »

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