Accueil Interview Elke Willaert: « Le monde du travail est de moins en moins standardisé »

Elke Willaert: « Le monde du travail est de moins en moins standardisé »

Microsoft fait souvent figure de société avant-gardiste en matière d’organisation du travail. Nous avons donc rencontré sa directrice des ressources humaines en Belgique et au Luxembourg, afin de comprendre comment « flexibilité » et « passion » peuvent cohabiter.

Elke Willaert, quand on regarde votre CV, on constate que vous avez principalement travaillé pour 2 employeurs (DHL et Microsoft). La loyauté serait-elle une valeur qui vous caractérise? Et cette valeur disparaît-elle aujourd’hui? 

« On parle beaucoup du fait que les millenials seraient moins loyaux, parce qu’ils semblent changer plus vite de travail que les générations précédentes. Cela me donne des cheveux gris. Car dans le fond je pense qu’il n’y a pas une si grande différence entre eux et ma génération. Nous voulons la même chose, même si je les trouve peut-être plus téméraires et courageux. Si on parle de ma loyauté, peut-être ai-je commencé ma carrière à une époque où le fait d’évoluer pendant des années au sein d’une seule compagnie était plus présent… mais je crois aussi que j’ai eu la chance d’avoir des opportunités intéressantes et passionnantes qui m’ont fait rester. »

Comment avez-vous vu changer le monde du travail en 20 ans de carrière?

« Énormément. On peut en parler des heures si vous avez le temps! Nous sommes passés d’un monde du travail très standardisé, à un monde beaucoup plus flexible. Cela est très présent dans le “nouveau monde du travail” mis en place par Microsoft. Aujourd’hui on donne beaucoup plus de flexibilité, de liberté et de confiance aux travailleurs afin qu’ils puissent s’organiser selon un schéma qui les arrange. L’idée étant de permettre un juste équilibre entre vie privée et professionnelle. »

Ce qui implique notamment d’être moins au bureau?

« Oui, c’est terminé de suivre des horaires de bureau trop stricts. Évidemment, dans ce contexte, il est essentiel de réfléchir à la manière dont on se connecte aux autres, dont on s’assure à distance qu’ils sont impliqués et motivés. Il y a aussi eu un important changement au niveau de l’accès à l’information et la manière dont on la traite. Tout va plus vite et c’est un fameux challenge. Chacun doit trouver ses mécanismes pour arriver à trier et assimiler l’information, de façon à être opérationnel mais sans perdre la tête. Parallèlement à tout cela, on observe aussi un autre rapport à l’apprentissage: fini les matinées de formation ponctuelles, l’envie d’apprendre est continue et quotidienne, même nécessaire pour rester au top. »

Vous abordez le rapport entre vie privée et professionnelle, et la volonté de l’améliorer. Mais cette vitesse ne risque-t-elle pas plutôt d’augmenter le nombre de burn-out?

« C’est une chose à laquelle on réfléchit beaucoup chez Microsoft, car on voit une telle passion chez certains de nos employés… Toutefois, je ne pense pas qu’il faille “les protéger contre eux-mêmes”, car nous sommes tous adultes, non? Par contre, concrètement, nous donnons des formations en interne sur le sujet. L’important est de trouver son burning yes, sa limite, et d’être capable de dire à son manager “maintenant j’arrête, car j’ai d’autres choses intéressantes à faire dans la vie.” Dans ce contexte, la transparence et le dialogue sont essentiels. C’est important de donner aux gens l’opportunité de choisir et de respecter ce choix. »

Les nouvelles technologies, à l’origine de ces bouleversements, sont-elles une contrainte ou une opportunité?

« Une opportunité, à partir du moment où on s’assure de les mettre à notre service. Ces technologies doivent aller dans le sens de plus d’autonomie pour les travailleurs et plus de résultats pour l’entreprise. Elles doivent rendre nos vies plus structurées, plus efficaces, pour nous dégager du temps à accorder à d’autres choses que le travail. »

C’est important de donner aux gens l’opportunité de choisir et de respecter ce choix.

Parlez-nous un peu du « nouveau monde du travail » chez Microsoft, et la manière dont il change l’organisation du travail pour vos équipes.

« Cela s’articule autour de trois piliers: Bricks, Bytes et Behaviour. Le premier fait référence à l’environnement de travail et à la manière dont le travailleur l’appréhende. Prenons notre “étage des employés” par exemple. Nous nous sommes posé la question: que représente-t-il pour nous? La réponse c’est la collaboration, l’interaction, la connexion avec les collègues et les partenaires. Sa structure reflète cela: il n’y a pas de bureaux individuels, tout est pensé autour de la notion de rencontre et de connexion. Quant au travail en solo, vous pouvez le faire à la maison, dans un café… là où vous vous sentez bien pour le faire. “Bytes” fait référence à la technologie dont nous disposons pour nous aider, comme évoqué précédemment. Quant à “Behaviour ”, il représente la manière dont on triangule l’employé, le manager et l’équipe, de sorte à créer une relation de confiance mutuelle et de respect, même en ne travaillant plus systématiquement dans le même espace ou selon les mêmes horaires. »

Dans un monde qui, globalement, encourage toujours plus la flexibilité, vous n’avez pas peur de systématiquement perdre vos employés au bout de 3 ans? Je suppose que ce n’est pas ce que vous recherchez.

« Ça dépend. Pourquoi pas? Pour moi, l’important c’est qu’une personne sente qu’elle peut grandir au sein d’une entreprise et y apporter quelque chose. Si ça dure 15 ans, c’est évidemment génial. Mais si elle ne sent plus cela après 3 ans, je préfère qu’on ait une conversation honnête sur le sujet et qu’elle parte pour relever un autre challenge si elle en ressent le besoin. Pourquoi y voir un manque de loyauté ou de respect? L’essentiel, c’est que cette personne garde une image positive de Microsoft et puisse en devenir un ambassadeur dans le futur. »

Nous sommes passés d’un monde du travail très standardisé, à un monde beaucoup plus flexible.

Finalement, être heureux au travail, ce serait juste se sentir utile?

« Oui, de sentir qu’on a un impact concret, qu’on fait la différence. De se sentir “énergisé” au quotidien. Nous avons un slogan: “venez comme vous êtes et aimez ce que vous faites”. J’adore! Ça dit tout: que nous voulons être inclusifs, et que nous aimons sentir l’énergie qui se dégage de notre entreprise, de la rencontre entre toutes ces personnalités différentes. »

SMART FACT.

Si vous n’aviez pas travaillé dans les ressources humaines, vous auriez été…

« Plein de choses! Si je peux me lâcher complètement, je dirais artiste ou écrivain. Ou pourquoi pas vétérinaire? Des rêves, j’en ai beaucoup, à tel point que je suis contente de ne pas devoir revenir en arrière au moment de choisir mes études, sinon je serais perdue. Mais je n’ai aucun regret! »

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