Accueil Santé Technologie et santé: un mariage compliqué

Technologie et santé: un mariage compliqué

Les avancées technologiques offrent un bel avenir au secteur médical. Encore faudrait-il pouvoir les intégrer le plus adéquatement possible en tenant compte des contraintes de financement.

Selon un rapport réalisé par le cabinet de conseil Deloitte, les dépenses mondiales en soins de santé devraient augmenter à un taux annuel de 4,1 % entre 2017 et 2021. Alors que le secteur de la santé grignote déjà plus de 10 % du PIB chez nous, il s’agirait de s’interroger sur la manière de gérer au mieux cette augmentation. Pour certains, cela doit inévitablement passer par une meilleure intégration des technologies modernes dans le système de santé. Ce n’est pas pour rien que les États-Unis (16 % du PIB en santé) placent de grands espoirs dans l’intelligence artificielle qui, d’ici 2026, leur ferait économiser pas moins de 150 milliards de dollars. « C’est un fait, l’utilisation de l’IA en santé permet d’anticiper certaines maladies et leur évolution, diminuant par là même le nombre de consultations et d’intermédiaires pour un meilleur traitement des patients », explique Carole Absil en charge du secteur Health Tech chez Agoria.

La technologie pour gagner

Pour un problème de peau par exemple, un patient reproduira régulièrement un trajet de soins bien connu: prise de rendez-vous chez un généraliste qui le redirigera vers un dermatologue dont c’est la spécialité. Pour être sûr de son diagnostic, ce dernier préconisera ensuite éventuellement une biopsie ou une imagerie médicale. Entre la première et la dernière étape, plusieurs mois peuvent s’écouler diminuant ainsi l’efficacité de la démarche médicale. Or la numérisation des données, le big data, l’IA et ses applications permettraient dans certains cas de supprimer l’une ou l’autre étape.

L’industrie ne peut pas se substituer aux professionnels de la santé et à leur expérience de terrain.
— Damien Hubaux, CETIC

Il faut dire qu’aujourd’hui, nous disposons tous d’outils numériques qui nous permettent dans une certaine mesure, de suivre notre santé: le smartphone et ses nombreuses applications mHealth. En 2017, le Centre Jean Gol estimait que plus de 100.000 applications de ce type étaient disponibles sur le marché. « Si certaines sont de simples gadgets, d’autres sont vraiment des dispositifs médicaux en passe de changer notre vie », insiste Carole Absil. À l’heure actuelle, il est possible de détecter entre autres des problèmes d’arythmies, de procéder à une rééducation du genou après opération ou encore d’accompagner les patients souffrant de diverses maladies chroniques.

Des résistances se font sentir

Pourtant, si les concepteurs évoquent ces innovations avec beaucoup d’engouement, ils le font souvent au temps futur. Les freins à cette évolution sont en effet nombreux. « La Belgique est un terreau intéressant pour tester ces applications, mais l’intégration de ces technologies dans le système de soins est complexe à cause de ses contraintes et de son organisation », évoque Damien Hubaux, directeur du CETIC (Centre d’Excellence en Technologie de l’Information et de la Communication). Alors, comment exploiter de nouvelles données utiles au travail du médecin? Un spécialiste pourrait-il plébisciter une application mobile qui s’avère efficace, mais qui en même temps bouleverse, voire remplace des consultations classiques? Rien n’est moins sûr!

La peur du changement

L’adaptation du cadre légal semble donc être indispensable pour intégrer au mieux l’innovation dans le secteur de la santé. Sans oublier la nécessité d’un changement des mentalités. « L’industrie a beau avoir de nombreuses idées d’adaptation technologique, elle doit les mettre en œuvre avec les professionnels de la santé. L’informatique doit efficacement les aider et compléter leur expérience de terrain », prévient Damien Hubaux. « C’est d’eux que doit venir le besoin de telles innovations. » Or, selon les experts, ce qui coince, c’est la peur que la machine remplace inexorablement l’homme dans sa pratique. « Si certaines spécialisations comme celle du radiologue sont vouées à disparaître, le jour où le robot médecin remplacera le médecin de chair est pourtant encore loin », concluait Philippe Marchal, rédacteur en chef du magazine NumeriKare. « Peut-être devrait-on justement profiter de ces avancées pour changer les habitudes et le comportement bénéfique au patient. »

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