Accueil Famille « Je n’ai jamais coupé le cordon… »

« Je n’ai jamais coupé le cordon… »

Benoît Poelvoorde

Une relation fusionnelle avec sa mère, un père disparu trop tôt, pas de projets d’enfants et une carrière haute en couleur, Benoît Poelvoorde dit tout sur sa vision des relations familiales, qui ont forcément été chamboulées. Et pas toujours pour le meilleur…

Quel type de relation entretenez-vous avec votre mère?

« Je n’ai jamais vraiment coupé le cordon ombilical. Après le pensionnat, je suis retourné chez ma mère jusqu’à l’âge de 27 ans. Je suis parti quand je me suis marié, mais maintenant, je vis tout près de chez elle. Je vois ma maman tous les jours. C’est encore elle qui me repasse mes chemises et qui me fait à manger. Je suis un fils à sa mère, et puis voilà! »

Si vous aviez eu des enfants, quel père auriez-vous pu être dans la vie?

« Du genre inquiet. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai pas eu d’enfants, j’ai une telle propension à l’inquiétude que j’aurais été incapable de faire preuve de calme et de sérénité avec les miens. Je suis parrain d’une multitude de filleuls et je me surprends toujours à surveiller qu’ils ne courent pas dans les escaliers… même quand ils ont 17 ans! »

On peut évoquer la mort de votre père? Vous n’en parlez jamais…

« Je n’en parle jamais parce que je trouve qu’on met trop en avant les épreuves qu’on a vécues. Ça fait racoleur, le chagrin. Surtout à la télé, c’est une compression de la pensée. Si c’est pour dire: “J’ai perdu mon papa quand j’étais petit et ça m’a fait de la peine”, quel intérêt? J’ai encore beaucoup de pudeur là-dessus. Ça a été bizarre. J’avais 12 ans. Pour la première fois j’étais confronté à la mort, pour la première fois, j’ai compris: “C’est ça mourir”. Il était routier, c’était un accident. Je l’ai appris comme ça, brut… Il me reste une seule image de l’enterrement, c’est d’avoir joué au football contre un mur avec mon frère. On faisait attention à ne pas salir nos vêtements noirs. Le reste, je ne m’en souviens pas du tout. Mon cerveau a zappé. J’ai des souvenirs de mon père, et puis le trou, et puis l’adolescent qui vit sans son père. »

Filip Van Roe / Charlotte Studio
Filip Van Roe / Charlotte Studio

Comment se construit-on avec ce manque-là? On recherche d’autres modèles?

« J’ai un rapport très intriguant à l’amitié, à la virilité amicale et à l’autorité. Je suis fidèle en amitié, et tous mes amis sont des personnages forts, virils et compétents. Je suis admiratif des compétences, des gens qui possèdent un art. J’ai besoin d’admirer. Un jour, un mec est venu réparer la chaudière à gaz chez moi, j’ai passé une heure à me faire expliquer la chaudière à gaz. Sa manière de m’expliquer simplement me fascinait. Bon, après, chaque fois que je le revois, il veut m’inviter aux démonstrations de chaudières à gaz, ça va, là. (rires) »

En fait, vous aimez qu’on vous transmette un savoir, comme le font les pères à leurs fils

« Vous avez raison. Le mien est, de fait, parti trop tôt pour me transmettre beaucoup, et ma mère, c’est la crème des crèmes, c’est la bonté sur terre, c’est une sainte, mais elle se retrouvait seule avec trois enfants… Alors on m’a placé un peu partout dans des internats. Et dans les internats, on ne transmet pas beaucoup, on dirige. Mais personne n’a pu avoir d’autorité sur moi. Personne, à part mon père, n’a pu me dire: “Tu marches comme ça”.  Alors je suis devenu ce que je suis, quelqu’un de sauvage, d’égoïste, de transgresseur d’autorité. »

Avec vos filleuls ou les jeunes acteurs, aimez-vous être dans la transmission?

« Je ne cherche pas à communiquer un savoir parce que le mien tient sur un bout de papier, mais j’avoue qu’avec les plus jeunes je révèle facilement un côté “docte”. Même si je dis en rigolant: “Tu sais, petit, quand j’ai commencé dans ce métier…”, cela traduit avant tout un besoin de rassurer l’enfant avec qui je joue. À bien y réfléchir, c’est toujours de l’inquiétude. Pour qu’ils n’oublient pas leur texte, je le leur fais répéter. Mais ce qui est amusant, c’est que je ne le fais jamais avec mon propre texte! »

C’est vrai que votre mère vient faire le ménage chez vous chaque semaine?

« Oui, le mardi ou le jeudi. On adore ça, on a tous les deux le même symptôme. Je trouve ça compliqué de parler avec sa maman: si on s’assoit autour d’une table, on se dit: “Ça va?” Et très vite, on n’a plus rien à se dire. Alors que quand je frotte et que ma mère récure, on parle de tout, de mon frère, de ma sœur, de la vie… On bouscule la barrière de la pudeur de l’amour. »

J’aurais été un père du genre inquiet.

S’affranchit-on un jour du regard de ses parents?

« Non. Je crois que même l’homme le plus sûr de lui y reste sensible. J’ai malheureusement perdu mon père assez jeune, mais je suis souvent allé chercher la bénédiction dans le regard de quelques pères de substitution. Quant à ma mère, elle a beau ne rien y connaître en cinéma, son jugement est toujours très important. Elle ne voit pas tous mes films. Mais, dans tous ceux qu’elle a vus, elle s’accorde à penser que je suis le meilleur! Je suis un peu amoureux d’elle, en quelque sorte. »

Et quand vous étiez ado, vous avez beaucoup aimé?

« J’avais un rapport à l’amour idéal et prétentieux. J’étais très pédant, avec en plus un physique pas facile. J’en ai pris des râteaux, une vraie cabane à jardin! Je pense que l’on passe de l’adolescence à l’âge adulte lorsqu’on accepte l’échec. Quand tu commences à accepter le râteau, c’est bon signe. Je suis resté très romantique en assimilant l’échec. »

Le rire vous a servi avec les filles?

« Le rire m’a toujours servi. L’humour sert à rendre la vie plus supportable. Depuis que je suis petit, le rire m’a permis de contourner les obstacles. J’ai beaucoup vécu en internat, entouré de gens plus grands, plus forts. En général, les grands sont très cons, mais ils sont rieurs. Alors tu vas les mettre de ton côté. J’aime toujours m’amuser. Je ne veux plus rester avec des gens ennuyeux ou qui font la gueule. Il y a des gens tristes comme des menhirs qui sont à pleurer de rire, mais les gens conformes, lisses, emmerdants, qui viennent dire des lieux communs dans les pince-fesses, je ne peux pas supporter. Le rire, c’est un effort. Parfois, j’ai envie de ne pas sortir de mon lit ou de dire “Je capitule. ”, mais je choisis d’en rire. C’est une arme, non… une arme c’est guerrier! Je dirais plutôt que c’est une pudeur, voire une élégance. C’est peut-être pour remercier d’avoir été gâté par la vie… »

SMART FACT.

Si je n’avais pas été acteur…

« Je suis dingue de BD. Ma première vocation était dessinateur mais je n’étais pas à la hauteur. Laborieux! Pas de talent! Il faut avoir de l’humilité par rapport à ça. Acteur, c’est plus facile que n’importe quoi d’autre, même si je sais que je ne peux pas tout jouer. D’ailleurs, je veux toujours arrêter de faire du cinéma. Mais depuis le temps que je le dis, on ne me croit plus… »

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