Environ 80 % de notre parc résidentiel date d’avant 1985. Aujourd’hui, ces 5,5 millions de logements représentent ainsi 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Une pollution interpellante contre laquelle il s’agirait de prendre des mesures dès maintenant.

C’est bien connu, le Belge a une brique dans le ventre. Pourtant, ce désir personnel qui fait souvent la fierté de chacun pourrait être l’un des freins majeurs au renouvellement de notre parc résidentiel. « En effet, le rêve wallon de faire construire sa propre villa 4 façades dotée d’un jardin loin du centre-ville met à mal le concept de construction durable », explique Magali Deproost, attachée architecte au Service public de Wallonie. Au-delà de la performance énergétique d’un bâtiment pris dans son individualité, il faut aujourd’hui l’intégrer dans une réalité plus complexe.

Éco-responsable 

Le concept « durable » englobe effectivement des notions bien plus larges comme la localisation, l’optique « zéro béton », les matériaux utilisés, la taille fonctionnelle ou encore la salubrité de toute construction. C’est pour cette raison que certains experts lui ont d’ailleurs préféré le terme « éco-responsable ». Selon les enjeux actuels, tout bâtiment se devrait d’être écologiquement viable. Et force est de constater qu’une maison isolée dont les propriétaires parcourent quotidiennement une centaine de kilomètres en voiture ne répond pas à ces critères. « C’est ce qu’ont d’ailleurs compris les pouvoirs publics qui prévoient d’adapter les schémas urbanistiques d’ici 2050 » prévient Denis Vasilov, responsable communication du cluster Éco-construction.

« Le traitement du bois offre actuellement une solidité et une fiabilité égales aux matériaux synthétiques »

Bâtiments passifs

Autant donc prendre les devants et tenter d’embrasser ce qui devrait être la panacée dans quelques années. L’idéal, selon les experts, ce sont des bâtiments plus compacts et verticaux, proches des villes et des services faisant la part belle à l’isolation et à la ventilation. Des bâtiments passifs donc, pour lesquels on préférera des matériaux naturels plutôt que pétro-sourcés. « Bois, chanvre, argile, cellulose, paille: les alternatives au béton sont nombreuses et offrent des avantages certains comme le traitement naturel de la vapeur d’eau », explique Magali Deproost. Avec les techniques actuelles de traitement de ces matériaux, il ne serait plus judicieux de considérer les matériaux pétro-sourcés comme seule et unique base de la construction. « Le traitement du bois offre actuellement une solidité et une fiabilité égales aux matériaux synthétiques. Sans compter la rapidité et la diversification de mise en œuvre », soutient Denis Vasilov. « À titre d’exemple, il est aujourd’hui possible de créer du bois transparent ».

Pas de prime pour l’éco  

Seul bémol: un tel choix creusera votre budget de 20 % supplémentaire. Toujours considérés comme produits de niche, les matériaux éco-responsables nécessitent une main d’œuvre qualifiée et donc onéreuse. « La seule manière de réduire le prix serait de faire connaître ces techniques via les primes gouvernementales qui leur donneraient une vraie crédibilité », s’explique Denis Vasilov. « Or, en Wallonie, la seule prime ayant vu le jour pour les éco-matériaux a été supprimée en 2015 ». Dommage selon l’expert. Ce serait en effet grâce à cette dernière que 10 % des maisons belges ont été construites ou rénovées en bois.

 D’un point de vue durable 

Et qu’en est-il alors du choix épineux qui se pose à tout futur propriétaire: acheter et rénover ou faire construire? « Sans aucun doute, il est beaucoup plus éco-responsable de rénover un bâtiment si l’on a les moyens », insiste Daniel Mignolet de l’asbl Habitat et Participation BXL. Mais il ne faudrait pas se voiler la face. La croissance démographique existant, les nouvelles constructions seront toujours nécessaires. Le tout, selon l’ensemble des experts, est de prendre en compte une idée essentielle du point de vue durable. Un préalable sur lequel chaque architecte doit s’accorder avec son client: « Réfléchir à la vie entière du bâtiment et à sa flexibilité selon le cycle de vie de tous les ménages qui l’occuperont », conclut Sophie Holemans de chez Homegrade.