Accueil Business Entreprendre François Fornieri: « Je pense qu’on naît entrepreneur »

François Fornieri: « Je pense qu’on naît entrepreneur »

Fondateur et CEO de Mithra Pharmaceuticals, l’hyperactif François Fornieri s’est progressivement imposé comme un patron de référence dans le paysage belge. Une ascension possible grâce à une passion viscérale, mais qui s’est également faite au prix de certains sacrifices.

Élu manager francophone de l’année en 2011, souvent montré comme un exemple de réussite en Wallonie, François Fornieri dirige depuis 20 ans l’entreprise qu’il a lui-même créée. Modeste spin-off pharmaceutique au départ, Mithra pèse aujourd’hui plus d’un milliard et s’est positionnée comme un leader mondial sur le marché de la santé féminine. Malgré cette réussite, et un agenda bien chargé – il ne dort que 4h par nuit –  le Liégeois de 57 ans a su rester disponible. Pour lui, l’ouverture au monde extérieur est d’ailleurs une des clés du succès.

Avant de fonder Mithra, vous avez occupé différentes fonctions dans des entreprises pharmaceutiques, notamment en vente et en marketing. Comment s’est imposée l’idée de devenir entrepreneur?
« 
Moi je pense qu’on naît entrepreneur, que c’est génétique.  J’ai toujours été très curieux et boulimique de travail. Ça remonte même à mes études: pour mon mémoire à l’université, en chimie-métallurgie, je devais choisir un sujet parmi 5 possibilités. J’ai finalement choisi les 5! Puis, dans mes fonctions professionnelles, par exemple chez Schering, j’ai toujours fais plus que ce qui m’était demandé. Je voulais toucher à tout, tout savoir, tout comprendre. Inconsciemment, je crois que j’étais en train de me découvrir comme entrepreneur. À 37 ans, je n’ai pas obtenu un poste que je visais et j’ai choisi de créer mon entreprise. »

Comment définiriez-vous ce métier de chef d’entreprise?
« C’est du développement, de la stratégie et de l’organisation. J’ai une vue “hélicoptère” sur les choses. Je rassemble les infos, je planifie et mets en place des stratégies. C’est un peu comme être un chef d’orchestre. »

« je suis quelqu’un d’impatient, qui aime la proactivité et le dynamisme. »

Quel rôle occupe l’aspect humain dans tout cela?
« Un rôle essentiel, je dirais 100 % de la réussite. On ne peut pas avancer seul, et je cherche à créer un groupe soudé autour de moi, avec des gens totalement impliqués dans le fonctionnement de l’entreprise. Honnêtement, je suis quelqu’un d’impatient, qui aime la proactivité et le dynamisme. Je n’apprécie pas trop l’échec, du coup je ne m’entoure que de gens de très haut niveau dans leurs domaines. »

On sent que c’est une fonction intense, qui laisse peu de place à la vie privée.
« Oui, je suis tout le temps disponible pour l’entreprise et ça demande évidemment des sacrifices familiaux. Mais choisir, c’est renoncer. Je me suis forgé depuis longtemps un caractère dur, avec un objectif précis, et j’ai choisi d’aller à fond dans mes ambitions. Cela dit, ça ne serait pas possible seul. On a toujours besoin d’un époux ou d’une épouse derrière soi, ça aide énormément, surtout les premières années. »

Et si un jour Mithra n’avait plus besoin de vous?
« Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais si ça arrive, ça ne me fait pas peur. À un moment il faut savoir arrêter et j’ai plein d’autres activités à côté. Cela fait très longtemps que je suis dans le milieu pharmaceutique et ça ne me déplairait pas de découvrir d’autres domaines, comme l’énergie, la problématique des déchets, l’immobilier ou l’art. »

C’est quoi « réussir » quand on est entrepreneur? C’est une question d’argent?
« Pas du tout. Ceux qui se lancent pour l’argent, je leur conseille d’arrêter tout de suite. C’est avant tout une question de passion et d’investissement. Les premières années c’est parfois pénible. Je me souviens que je gagnais moins qu’un téléphoniste alors que je n’étais jamais chez moi. La fierté, elle est dans le fait d’avoir accompli quelque chose d’utile et de concret pour la santé, d’avoir apporté sa petite pierre à l’édifice. Un moment fort? Dans mon secteur, c’est de voir le médicament qu’on a développé en rayon dans une pharmacie. C’est une joie indescriptible, un peu comme lorsque vous êtes parent pour la première fois. »

« c’est essentiel de systématiquement avoir un plan B, et même un C et un D. Il faut prévoir des alternatives et garder un coup d’avance. »

Quels conseils donneriez-vous à des entrepreneurs qui se lancent?
« Soyez passionnés et croyez en ce que vous faites. Dès le départ, Il faut aussi bien s’entourer, car seul on ne sait rien faire. Il faut vite créer une structure avec des collaborateurs, s’ouvrir au monde. L’important c’est également de persévérer et de toujours se remotiver. C’est vital d’accepter la critique et le challenge tout en gardant bien le cap qu’on s’est donné. Bien sûr, il y a toujours une part de chance dans l’entrepreneuriat, mais je pense que c’est essentiel de systématiquement avoir un plan B, et même un C et un D. Il faut prévoir des alternatives et garder un coup d’avance. »

Et la communication dans tout ça?
« L’ouverture et la transparence sont essentielles dans une entreprise. Dès que j’ai pu, j’ai engagé un responsable communication. Au départ, Mithra ne pouvait pas faire de publicité en tant qu’entreprise pharmaceutique. Il fallait donc communiquer sur notre travail et notre sens de l’innovation. Nous avons rapidement impliqué la presse, par exemple via des missions économiques, ce qui a joué un rôle important dans la croissance de l’entreprise. Il y a des PME qui ont peur de communiquer mais chez Mithra on a toujours joué franc jeu avec nos partenaires et les différents publics. »

D’autres managers vous inspirent?
« Oui j’ai toujours eu des mentors, et ce dans tous les domaines. Côté scientifique, je pense à Jean-Michel Froidart, avec qui j’ai fondé Mithra. Chez les artistes, il y a Arne Quinze. En politique aussi il y a des gens qui m’inspirent, tous partis confondus. Dans le monde de l’entreprise j’ai beaucoup de respect pour Jean Stéphenne, qui a développé GSK en partant de rien, ou pour les membres de la famille Joly, qui ont continué à investir et prendre des risques alors qu’ils n’en avaient pas besoin. Pour le monde extérieur nous passons parfois pour des fous, mais entre entrepreneurs on se comprend et ça fait du bien. »

SMART FACT

Si vous n’aviez pas été chef d’entreprise, vous auriez été…

« …Chef d’entreprise! (rires) Je ne sais pas… petit je voulais être pilote de chasse, mais mon père voulait que je fasse la chimie pour devenir chef de service chez Cockerill, où il a fait sa carrière. J’ai été un bon employé pendant des années, mais je ne tiens pas en place, j’ai besoin de bouger, de tout comprendre et d’évoluer. C’est toujours en moi. Par exemple, quand mes filles étaient petites, elles faisaient du basket. Eh bien, je n’aimais pas ne rien faire, regarder en buvant le café. Alors je me suis investi et j’ai fini vice-président du club. »

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