Accueil Agri & Food Il pousse, il pousse, le « circuit court »

Il pousse, il pousse, le « circuit court »

Pour court-circuiter nos habitudes alimentaires formatées, rien ne vaut le circuit court. De plus en plus de néo-agriculteurs tentent l’aventure de la filière directe producteurs-consommateurs. Plantée de nombreux défis. Trois acteurs du secteur nous en parlent.

AURELIEN DEPREZ.
Maraîcher bio sur Anderlecht, créateur de la coopérative RadisKale

Quels sont les défis à relever pour la filière du circuit court?
« Avec mes partenaires Audrey et Thomas, nous cultivons une grande diversité de légumes et fruits d’une manière “plus que bio” sur un hectare à Neerpede. Nous vendons nos produits dans six lieux distincts: des paniers via trois Gasap (Groupes d’Achat solidaires de l’Agriculture paysanne), un petit marché et deux épiceries, tous situés dans un rayon de maximum 10 km de notre champ. Et principalement en vente directe aux consommateurs, sans intermédiaires. Réussir du circuit court, c’est réunir ces conditions de proximité dans la distribution et la vente. Le défi c’est aussi de ne pas rentrer dans le jeu d’épiceries pseudo bio ou de grandes surfaces qui mettent en concurrence les petits producteurs pour ne pas payer un prix décent. »

Quels sont les avantages pour les agriculteurs ainsi que pour les consommateurs de privilégier ce système?
« Le rapport proche et plus direct entre producteurs et consommateurs crée du lien et une compréhension mutuelle. Notre activité participe à la protection de l’environnement, des zones de biodiversité, au lien avec la nature en ville, et renforce la lutte pour la préservation des terres nourricières périurbaines. Pour nous agriculteurs, l’avantage est de pouvoir expliquer notre démarche et nos réalités directement aux consommateurs et les amener à manger sain et local en payant un peu plus. Mais même le prix juste ne nous procure pas encore un salaire juste pour le boulot énorme fourni. Pour les consommateurs, l’avantage est clairement une offre diversifiée de légumes/fruits et la chance de manger au fil des saisons des légumes cueillis du jour, frais, riches en nutriments, bons et sains! »

Les produits issus de cette filière sont-ils promis à un bel avenir?
« À court terme, l’offre en légumes (et autres denrées) en circuits courts va augmenter car le nombre de maraîchers va croissant, tant à Bruxelles qu’en périphérie. Mais le risque est que le système commercial pourri classique et les grosses structures marchandes ne reprennent la main sur ce type d’alimentation en ne la réservant qu’à une frange de la population, privilégiée et conscientisée. Il faut qu’un soutien politique et un renversement de la logique des aides agricoles interviennent pour aider ceux qui en ont vraiment besoin: les producteurs locaux et sains. L’autre nécessité est de prendre des mesures pour augmenter la visibilité de ces structures, les inclure dans des programmes publics d’alimentation, comme mettre du bio local dans les cantines! »

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HINDE BOULBAYEM.
Fondatrice et manager de SUMY (Sustainable Urban Logistics & Mobility)

Quels sont les défis à relever pour la filière du circuit court?
« Pour beaucoup de petits producteurs orientés local et circuit court, le défi est l’acheminement de leurs produits dans la jungle de la congestion urbaine actuelle. Sumy, mon entreprise de logistique, est une solution pour les petits producteurs agricoles qui peuvent venir décharger chez nous. Ensuite, nos camionnettes réfrigérées livrent leurs produits localement en ville. Ce qui leur fait gagner un temps énorme qu’ils peuvent consacrer à l’essentiel: leur production agricole. Des structures comme la Ferme du Peuplier, Ecodal ou la Ferme Nos Pilifs recourent déjà à nos services Le challenge est de diminuer et assainir le trafic urbain, et cela l’est pour tout le secteur alimentaire, circuit court ou pas. C’est pourquoi, la flotte de véhicules Sumy est écologique à 100 % équipée de moteurs à gaz naturel. »

Quels sont les avantages pour les agriculteurs ainsi que pour les consommateurs de privilégier ce système commercial?
« Notre système de transport en circuit court permet d’acheminer par voyage jusqu’à un volume de 600 kilos avec des véhicules “clean” garantissant une réduction de 95 % des émissions de particules fines cancérigènes. Une attitude écologique en phase avec celles des agriculteurs. Si Sumy n’existait pas, beaucoup de ces acteurs de l’économie alimentaire circulaire y laisseraient des journées. D’autre part, le consommateur a lui l’assurance que le transport en circuit court se passe avec moins de pollution mais aussi la garantie de produits avec moins de conservateurs et d’une fraîcheur à nulle autre pareille en provenance directe de champs et structures proches. »

Les produits issus de cette filière sont-ils promis à un bel avenir?
« C’est ce que nous espérons. Notre service et nos prix de livraison très abordables, – de 29 euros par charge minimum de 10 colis – sont aussi un incitant au développement de cette filière. En les soulageant de cette corvée du transport à prix raisonnable, on les pousse à se consacrer entièrement à leur vente, à leur production et à l’augmenter. Le circuit court doit impliquer d’autres acteurs que seulement les petits producteurs agricoles, profession d’indépendants qu’il faut aider et revaloriser. Le circuit court a toujours existé sauf qu’il a disparu à un moment. Le retour à ce mode de consommation démontre aujourd’hui toute sa pertinence. La seule chose, c’est qu’il faut le pérenniser. Faire réussir cette filière et agir écologiquement, c’est l’affaire de tous. »

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CHRISTINE ENGLEBERT.
Accompagnatrice de projets « Circuit court » au sein de BoerenBruxselPaysans

 Quels sont les défis à relever pour la filière du circuit court? « Comme conseillère des porteurs de projet en alimentation & production agricole durable sur Bruxelles, je peux dire qu’obtenir le “juste prix” pour sa production reste un défi, surtout pour ceux qui économiquement n’ont pas la taille critique. Travailler en circuits courts pour un producteur c’est aussi plus de temps à consacrer à la commercialisation, à la relation clients, plus d’administratif et ce temps-là est parfois difficile à gérer en pleine saison pour des producteurs déjà bien occupés sur leur champ. D’où la tendance à passer vers un grossiste. La logistique est aussi souvent une difficulté. Le producteur n’a pas toujours la possibilité de faire la tournée des clients pour leur amener ses légumes. C’est alors aux gens de se déplacer mais un champ ce n’est pas un magasin ouvert 24h/24. »

Quels sont les avantages pour les agriculteurs ainsi que pour les consommateurs de privilégier ce système commercial?
« Pour les agriculteurs, le but est de tenter de retrouver une autonomie vis-à-vis des filières d’achat et obtenir des prix plus justes pour tenir des modèles économiques pérennes et viables pour tous. Si depuis plusieurs décennies les gens ne se tournent plus vers l’agriculture, c’est bien la preuve que le modèle agricole classique dysfonctionne. Le circuit court est un outil de revalorisation de l’agriculture, de la fierté d’exercer ce métier, et la chance de susciter des vocations dans la jeune génération. Pour les consommateurs, l’enjeu englobe la santé, le lien social, l’enjeu socio-écologique et une consommation raisonnée autour de moins de produits mais de meilleurs produits d’origine locale garantie. »

Les produits issus de cette filière sont-ils promis à un bel avenir?
« La tendance porteuse “circuit court” est là mais sa croissance est moins évidente qu’en apparence… Il demeure de gros enjeux de sensibilisation, de changement d’habitudes tant dans les choix alimentaires que dans les comportements d’achat. La réussite et la pérennité de ce système économique reposent sur des choix qui doivent être posés par tous. Que ce soient les citoyens, les politiques, les entreprises, etc. Revaloriser les petits producteurs, même si leur fonctionnement est parfois moins efficace, moins parfait, moins formaté, c’est aussi parier sur un système plus humain, plus local, plus sain, plus durable. »

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