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Vincent Callebaut : « Nous pourrions devenir le fer de lance de cette transition énergétique »

C’est un des architectes les plus visionnaires de son époque. Vincent Callebaut est belge, mais il a déjà conquis le monde avec ses idées futuristes. Il évoque avec nous les avantages de son approche ainsi que son avis sur le devenir de la Wallonie.

Quelle est votre avis sur l’architecture des villes wallonnes à l’heure actuelle?
« Même si je suis originaire de La Louvière, où j’ai grandi et fait mes études, je vis dorénavant à Paris. J’ai donc une vision assez extérieure sur l’évolution de l’architecture wallonne. Pourtant, j’ai l’impression que les villes qui étaient jadis fortement marquées par la sidérurgie, sont aujourd’hui totalement décomplexées par rapport à cette histoire industrielle et ses vestiges. »

Vous parlez notamment de Charleroi et de Liège…
« Effectivement! Ces deux villes notamment essaient de ramener des citoyens qui jusque-là se sont déplacés vers la périphérie pour y vivre. Car c’est un fait, malgré la petite taille de leur pays, les Belges préfèrent vivre à l’extérieur des villes. Une tendance totalement à l’opposé des 27 autres pays de l’Union européenne même si cela tend à s’inverser à l’heure actuelle. »

Que peut-on dès lors imaginer comme avenir pour les villes wallonnes et leur architecture?
« Un avenir radieux. C’est notamment grâce aux villes disparates qui comptent des universités et aux synergies qu’elles créent entre elles. Par l’attractivité économique, celles-ci veulent repenser la Wallonie et l’amener à devenir la nouvelle Silicon Valley de la transition énergétique post carbone et post nucléaire. Nous pourrions selon moi et selon certains autres pays être encore beaucoup moins humbles. En mixant notre patrimoine industriel issu du XXe siècle avec les technologies et la croissance verte, nous pourrions devenir le fer de lance de cette transition énergétique. Nous en sommes capables! Ne sommes-nous pas déjà nous-mêmes un mix parfait entre culture germanique et latine? »

On se base sur des observations de la nature et sur son évolution afin d’inspirer toute la conception d’un bâtiment.

Vous parlez de la croissance verte. C’est cette croissance qui est au cœur de votre travail d’architecte.
« Tout à fait! Depuis plus de 20 ans et suite au constat du dérèglement climatique, j’essaie de l’intégrer dans les bâtiments que je mets en œuvre. Mon idée est de transformer les villes en véritables écosystèmes et d’augmenter la qualité de vie en respectant l’environnement. Quand on sait qu’en 2050, nous ne serons pas moins de 9 milliards d’êtres humains sur terre et que 70 % vivront dans les villes, il est grand temps d’y penser. »

Quelles sont donc les grandes solutions que vous préconisez?
« Cela s’articule autour de quatre grands piliers. Le premier intègre l’agriculture urbaine. Nous devons ramener l’agriculture au centre de la ville et pousser chaque citoyen à devenir un véritable consommateur en produisant lui-même ce dont il a besoin. Le deuxième pilier est celui de la mobilité douce: on réduit les distances maison/travail en créant un esprit de village citadin avec des logements collectifs, des piétonniers et une circulation à vélo. On fait l’impasse sur la voiture. Le troisième pilier concerne la construction de bâtiments à énergie positive. Des bâtiments qui consomment moins d’énergie qu’ils n’en produisent et qui ont la capacité de recycler les déchets de leurs habitants. Enfin le dernier pilier tient dans l’économie solidaire et coopérative en impliquant davantage le citoyen. »

On dépasse de loin l’idée de mettre de la verdure pour faire joli donc…
« Oui! C’est ce qu’on appelle l’architecture du biomimétisme. On se base sur des observations de la nature et sur son évolution afin d’inspirer toute la conception d’un bâtiment. Celui-ci en vient dès lors à ressembler à des animaux ou des plantes. Conséquence? Les bâtiments respirent! »

Va-t-on dès lors assister à une cassure avec l’architecture du passé et créer une opposition totale avec ce qui a été fait auparavant?
« Pas du tout! Au contraire. L’architecture du biomimétisme va en fait procurer l’énergie dont les bâtiments historiques ont besoin. On pourrait comparer le rôle de cette architecture à celui d’un acupuncteur qui renforce le cœur historique de la ville en le respectant et le valorisant. On parle de pure symbiose. Cela pourrait sans aucun doute se développer en Wallonie puisqu’elle est riche d’un beau patrimoine industriel qu’il faut préserver. »

J’ai l’impression que les villes qui étaient jadis fortement marquées par la sidérurgie, sont aujourd’hui totalement décomplexées. 

Comment faire prendre conscience au citoyen du bénéfice de ce changement architectural?
« Je suis convaincu que tous les gens comprendront la nécessité de ce changement. Pour le moment, nous nous asphyxions dans nos villes, nous mangeons nos déchets. Les villes sont également devenues imperméables et donc vulnérables aux aléas climatiques: inondations, fortes chaleurs issues des canicules… On doit rendre de nouveau les villes perméables grâce à la re- naturalisation. Il faut aussi passer de l’économie linéaire à l’économie circulaire. Mais il est vrai qu’il faut qu’il y ait une conscientisation. Par exemple, lorsqu’on se lance dans une construction, on ne pense pas au prix de la durabilité du bâtiment, juste à celui de la construction. Or ce prix est plus qu’important. Avec l’architecture du biomimétisme, nous mettons cette idée en avant. »

 En vous attardant notamment sur les matériaux utilisés…
« Voilà! Nous cherchons à travailler avec des matériaux naturels ou issus du recyclage de déchets en faisant l’impasse sur le béton ou l’acier. Il y a 20 ans, on n’imaginait pas construire une tour en bois par peur du manque de robustesse. Mais que cette tour soit construite en bois ou en acier, lorsqu’elle est en proie aux flammes, elle s’effondre. Nous étudions les cycles de vie du bâtiment et on pense à toutes les économies de matière possible. »

Qu’est-ce qui sera donc indispensable de faire dans les années à venir pour évoluer vers une ville du futur?
« Il faudra impérativement mettre le paquet sur les énergies renouvelables et sur le développement de la pile à hydrogène afin de pouvoir stocker l’énergie produite notamment par l’éolien. Dans un deuxième temps, il faudra aussi éviter de sectoriser davantage les communes au sein des villes. Il faut ramener cet esprit de village au sein des villes. L’écosystème naturel se renforcera toujours via la mixité. »

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