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Maladies chroniques: trop peu de prévention

Mieux vaut prévenir que guérir. Plus qu’un proverbe, cette locution pleine de bon sens se vérifie dans bien des domaines. Pourtant, en matière de maladies chroniques, elle n’est pas encore suffisamment appliquée.

Maladies chroniques
Responsables de plus de 60 % des décès, les maladies chroniques (affections de longue durée qui, en règle générale, évoluent lentement) sont la première cause de mortalité dans le monde (OMS, 2018). En Belgique, plus d’une personne sur quatre souffre d’une affection chronique (Enquête de santé de l’Institut Scientifique de Santé Publique – WIV-ISP, 2013). Cette dernière représente un coût social important puisqu’environ 70 % du budget INAMI y est dédié. Sans prévention, les chiffres ne cesseront de gonfler dans les prochaines années. En cause, l’augmentation mais aussi le vieillissement de la population.

Prévention
Pourquoi mettre l’accent sur la prévention? Les maladies chroniques sont souvent dues à des comportements à risque, eux-mêmes influencés par une série de déterminants: mauvaise alimentation, sédentarité, manque d’activité physique, tabagisme, abus d’alcool… Les études scientifiques le montrent, en modifiant ces comportements ou en agissant sur leurs déterminants, plus de la moitié des affections chroniques pourraient être évitées. Or, la promotion à la santé et la prévention communautaire font trop peu partie de la stratégie politique de notre pays. « Moins de 5 % seulement du budget des soins de santé y est consacré au niveau fédéral », déclare Yves Coppieters, président de l’École de Santé publique de l’ULB, une conséquence du découpage des compétences santé en Belgique.

Soins individualisés
L’Autorité fédérale fixe le cadre, le mode de financement et le montant des remboursements des soins de santé. « Sa fonction étant centrée sur les soins, elle alloue ses financements à la prévention secondaire et tertiaire, c’est-à-dire à la prise en charge de la maladie et à la maîtrise de la mortalité », précise Y. Coppieters. Les soins de santé sont individualisés alors que la promotion de la santé et la prévention primaire sont dirigées sur des stratégies collectives qui, elles, relèvent de la compétence des Régions. « La prévention collective des maladies chroniques, à savoir des maladies cardiovasculaires et des cancers, représente moins de 10 % du budget santé de la Région wallonne. Les Régions placent leurs priorités de prévention ailleurs, sur des matières comme la vaccination, la lutte contre la tuberculose, le VIH/Sida, etc. ».

Les maladies chroniques sont souvent dues à des comportements inadaptés

Promotion
Dans plusieurs pays du Nord de l’Europe, la promotion de la santé et la prévention primaire s’avèrent pourtant très efficaces pour réduire les maladies chroniques. « Le manque de moyens accordés chez nous à la prévention est lié à un problème de sensibilisation politique et à un cadre institutionnel peu favorable à cette dynamique ». L’impact d’une politique de prévention se mesure à long terme. Cela requiert des ressources spécifiques et du temps pour produire des résultats évaluables sur plusieurs années.

Approches pluridisciplinaires
Mais la plus grande difficulté de la lutte contre la maladie chronique réside dans le fait qu’elle n’est pas uniquement liée au domaine de la santé. « Elle exige des approches pluridisciplinaires et intersectorielles, à savoir qu’il faut adopter des stratégies concertées qui impliquent des domaines aussi variés que l’éducation, l’alimentation, l’économie mais aussi l’environnement, la pollution atmosphérique, l’infrastructure routière et les autres types de  mobilité, etc. La problématique est donc loin d’être réglée. »

Soins intégrés
Malgré tout, de petites améliorations se profilent peu à peu. Fin 2015, le cabinet de la ministre de la Santé Maggie De Block a approuvé un plan conjoint en faveur des maladies chroniques intitulé « Des soins intégrés pour une meilleure santé. » Quatorze projets pilotes ont été sélectionnés (fin 2017) pour tester des modalités d’organisation des soins dans une région déterminée. « Parce que nous démarrons, nous nous axons pour le moment sur la prévention secondaire et tertiaire des personnes déjà atteintes d’une maladie chronique, explique Annick Van den Bossche, coordinatrice du projet RéLIAN – Réseau Liégeois Intégré pour une Autonomie Nouvelle. Mais la prévention primaire fait partie de notre programme. Nous sommes certains que l’amélioration de la communication et de la collaboration avec le patient et entre tous les acteurs de terrain aura un impact favorable sur la santé et la qualité de vie, tant au niveau individuel que collectif. »

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