Cédric Wautier, animateur de l’émission « Une brique dans le ventre » nous a donné son avis sur l’habitat et son avenir en Belgique. Selon lui, la nouvelle génération va changer beaucoup de choses avec l’idée de partage.

Que recherche le Belge aujourd’hui en termes d’habitat? Met-il l’accent sur le côté fonctionnel? Sécuritaire? Confortable?

« C’est compliqué. Les Belges recherchent un lieu à eux. Ils ont envie d’une grande maison. Mais les moyens actuels ainsi que la situation sont assez difficiles. L’évolution de leurs envies tourne surtout autour d’une question énergétique. Dans la plupart des maisons que nous visitons dans l’émission, les gens ont surtout fait la part belle à la lumière, à la vue et à la circulation. Ils ont pris le temps de réfléchir. Ce sont souvent des environnements adaptés, avec des matériaux souvent de bonne qualité et intégrant beaucoup de composantes énergétiques. Il n’y a pas une maison visitée qui n’est pas isolée par exemple. On cherche coûte que coûte à réduire sa facture énergétique. »

Peut-on envisager de réduire encore davantage sa facture en aménageant et/ou en construisant sa maison tout seul? On ne compte en effet plus le nombre de tutoriels présents sur Internet quels que soient les travaux à entreprendre…

« C’est en effet une idée passionnante que de vouloir créer toute sa maison à son image et “de ses propres mains”. Malheureusement, même si c’est aujourd’hui réalisable, ce genre de cas est une exception. Cela vous occupe tous vos congés ainsi que vos week-ends sans compter que ça empiète sur votre vie de famille. Il faut donc bien réfléchir avant de se lancer dans un tel projet. »

Comment trouver un équilibre entre nouveautés et maisons traditionnelles?

« On garde l’âme d’une maison traditionnelle en y ajoutant quelque chose ou en la simplifiant. On recrée par exemple un intérieur en enfilade. Mais on visite des maisons de tout type. Elles sont souvent à l’image de leurs habitants… »

Elles vous renseignent sur leur personnalité?

« Exactement! Au moment où j’arrive et que je découvre la façade de la maison, je sais même comment l’entretien va se passer! L’architecture renseigne vraiment sur la personnalité des gens. Par exemple, si j’ai en face de moi un cube de béton, je sais directement que je vais avoir affaire à des gens plus discrets. »

Il n’y a donc pas un modèle bien spécifique qui ressort des rencontres que vous faites…

« Non! Excepté que l’on rencontre peu de couples recomposés. D’un autre côté, certaines mesures urbanistiques communales freinent les gens dans le développement d’une architecture contemporaine originale. »

Pour vous, personnellement, quel serait le type d’habitat idéal?

« Je n’en ai pas vraiment. Et je dois bien avouer que mes idées changent d’une semaine à l’autre au fil des émissions. Il faut dire aussi que je n’ai pas de maison, mais un appartement. Mais je pencherais plus pour une maison en bois rénovée dans une ville un peu vallonnée. Une maison qui vit et bien insonorisée, ce qui n’est pas toujours le cas. »

Il y a également de nouvelles façons d’envisager l’habitat comme les tiny houses (petites maisons à la base d’un mouvement social et architectural prônant l’écologie et la simplicité). Que pensez-vous de ces projets?

« Les tiny houses sont une solution transitoire ou de loisir envisagée avec un enfant. Mais il y a plein d’autres idées de constructions différentes et amenées sur le terrain des maisons préfabriquées. L’avantage de ces constructions est qu’elles prônent un mode de vie durable. Les matériaux utilisés peuvent être réexploités. Ce type d’habitats est surtout un phénomène de mode. Mais il faut reconnaître qu’on va de plus en plus devoir se diriger vers des constructions fonctionnelles comme celles-là car on manquera de place. »

Mieux vaut dès lors également se focaliser sur la rénovation d’anciennes habitations qu’envisager de nouvelles constructions…

« Sans aucun doute! Les maisons et les bâtiments existent déjà. Il faut les exploiter! On garde ce qu’on aime dedans et on y apporte sa touche personnelle. »

Est-ce que c’est la tendance actuelle?

« Pas vraiment. Ce que l’on constate actuellement, c’est que les gens s’éloignent des centres-villes ou construisent en dehors des villes elles-mêmes. Celles-ci se vident alors qu’elles regorgent toujours d’opportunités d’habitat. Que fait-on des réserves au-dessus des magasins par exemple? Elles restent inoccupées alors qu’elles représentent un cadre de vie non négligeable. Tant qu’on ne réaménagera pas des espaces publics de convivialité et de partage, les gens ne reviendront pas. Des villes comme Berlin ont réussi à inverser la tendance. Pour Bruxelles, ça dépend des quartiers. Mais ce n’est qu’une question de temps. La jeune génération va tout changer. »

De quelle génération parlez-vous?

« Celle des jeunes entre 15 et 25 ans. Alors que leurs parents dépensent encore énormément d’argent dans des carports ou des garages pour protéger leur voiture par exemple, ces jeunes, n’en ont même plus rien à faire de posséder ce type de véhicule. C’est une autre mentalité. Cette génération cristallise en fait tous les questionnements que leurs parents ont mais n’ont jamais approfondis. Ils s’apprêtent à changer les choses. D’ici 25 ans, on sera entièrement dans une société de partage. Et ce, que ce soit dans la mobilité ou encore dans l’habitat. C’est déjà en marche. »

Pour quelles raisons?

« Parce qu’ils cherchent des solutions alternatives qui sont durables, rapides à construire et qui sont également en opposition avec ce qu’ont fait leurs parents jusqu’à maintenant. Pourquoi croyez-vous que les tiny houses ont pris tellement d’ampleur en trois ans. C’est symptomatique. »

La maison du futur sera donc durable

« Oui… On n’a pas le choix à l’heure actuelle. C’est la raison pour laquelle on impose des normes, sinon ça ne marcherait pas. Il faut se rendre compte que dans le cursus des étudiants d’architecture, eux-mêmes, il existe très peu de cours sur la gestion énergétique. On passe des heures à faire une maquette sans parler de l’aspect durable. Cela va évidemment évoluer avec le temps mais c’est difficile de changer un corps de métier. Comme ça l’est de changer la société. »