Les nouveautés technologiques impactent aussi le secteur des soins de santé. Du personnel médical aux patients, digitalisation et high tech améliorent confort et sécurité en hôpital et maison de repos. Avec des plus et des moins? Réponses de nos trois experts.

Pierre DelfosseChirurgien orthopédiste

Quel est l’apport des nouveautés technologiques dans votre métier?
« La numérisation a fort amélioré l’imagerie médicale. Les scanners 3D offrent une qualité de visualisation incroyable. De nouvelles technologies facilitent les interventions surtout en chirurgie endovasculaire portant sur les vaisseaux, le cœur, le placement de stents ou de valves avec l’aide de cathéters miniaturisés. Les opérations sont devenues moins invasives et plus rapides. L’évolution de l’ancillaire – instrument pour calculer angles et/ou distances – ainsi que des prothèses ont aussi amélioré mon confort de travail. Les nouvelles technologies sont, elles, un plus pour croiser des données, établir un dossier unique par patient avec les détails de sa vie médicale, comme les protocoles de soins suivis en milieu hospitalier. Utile mais pas révolutionnaire. »

Quel défi rencontrez-vous dans la personnalisation des soins de santé? Les nouvelles technologies peuvent-elle être une solution?
« Pas la panacée en tout cas. Elles améliorent gestion et partage des données réunies bientôt en un seul dossier à vie par personne. Cela rationnalise la prise en charge du patient et évite des erreurs ou des examens inutiles. Le digital peut être un facilitateur pour être plus rapide, plus précis et plus sûr en diagnostic ou en intervention. C’est un plus dans certaines chirurgies. Il atténue douleur et stress et augmente le confort et concourt à une plus grande rapidité de récupération post-opératoire. Mais en matière de convalescence, dans mon domaine, l’avancée n’a rien de technologique. On a simplement appris que qualité et rapidité d’une revalidation dépendent d’une remise en mouvement rapide du patient et pas d’une immobilité de plusieurs jours comme avant. »

Quelle est l’attitude du patient par rapport aux avancées technologiques?
« Internet est passé par là. Il me dit parfois ce que je dois faire! La diminution des tailles de cicatrice… il adore. On lui enlève son hernie discale au laser, il est content! Car le laser est perçu comme moderne et inoffensif. Il aime tout ce qui est nouveau car il pense que toute nouvelle avancée est synonyme de progrès et de meilleurs soins. Seul hic: toute nouveauté a besoin d’une décennie pour faire ses preuves. Et cette période comporte aussi des risques. Pour moi, chirurgien orthopédiste, la prochaine révolution ce seront les cellules souches qui devraient pouvoir régénérer les cellules cartilagineuses des articulations au fur et à mesure qu’elles s’abîment. En cas de succès, adieu prothèses de hanches ou de genoux! »


Steve DoyenDirecteur de la résidence de repos Le Christalain

Quel est l’apport des nouveautés technologiques dans votre métier?
« Avec ma sœur, infirmière en chef, je dirige notre maison de repos de 132 résidents et 80 employés fixes. Pour pousser la machine au top, j’ai fort investi dans les nouvelles technologies, des outils extraordinaires de gestion globale, de réactivité efficace dans les soins prodigués aux résidents et aussi de preuve précise du travail fourni. Le personnel doit badger dès qu’il entreprend une action pour un résident et décrire via une tablette ce qu’il a fait. Cela permet une traçabilité et un historique de tout: l’heure d’appel du résident avec son boîtier multifonction, son temps d’attente, qui est venu, combien de temps, pour faire quoi. Pour le patient, la prise en charge est améliorée en temps réel. »

Quel défi rencontrez-vous dans la personnalisation des soins de santé? Les nouvelles technologies peuvent-elle être une solution?
« Le vrai défi est de trouver ce juste milieu entre l’apport technologique qui booste l’efficience et la préservation du rapport humain indispensable. Le dossier de chaque résident, accessible à tous les intervenants, est actualisé en permanence pour des soins vraiment adaptés. Nous utilisons les technologies des sociétés Care Solutions et Televic qui connectent et intègrent toutes les activités de notre métier. Domotique, téléphonie, organisation et personnalisation des soins, sécurité… Tout en veillant à s’adapter à chaque résident. Chacun a son rythme, ses humeurs. Chaque matin, entre 7 et 10h, on les fait se lever, déjeuner, se laver mais on ne chronomètre pas. Le soin thérapeutique doit rester humain. Poser un pansement, ce n’est jamais un robot qui le fera. »

Quelle est l’attitude du patient par rapport aux avancées technologiques?
« Il commence à se familiariser. De plus en plus nous demandent des codes wifi pour accéder à Internet. Beaucoup communiquent avec leur famille à l’étranger par Skype. Ils se sentent aussi “connectés” au personnel soignant, à leur médecin, à leur famille. Grâce à leur boîtier de commande personnalisée, ils contrôlent beaucoup de choses. Et ils intègrent bien la traçabilité de tout ce qui se passe dans leur vie en maison de repos. Cela les rassure. Ils sentent que le digital permet un suivi plus rapide, réactif et personnalisé ainsi qu’une meilleure gestion d’ensemble. Avec à la clé, un contact physique et empathique et le confort tant des patients que des aides-soignants par la technologie. »


Annick PierrardCoordinatrice du projet wearIT4health de l’université de Liège (ULiège)

Quel est l’apport des nouveautés technologiques dans votre métier?
« Notre projet fusionne de petites nouveautés technologiques pour créer un nouveau monitoring portable pour les gens hospitalisés. Après avoir étudié la voie de vêtements intelligents, on s’oriente maintenant plus vers un patch, petit, simple et facile à mettre et à enlever au patient. Sa valeur ajoutée innovante est sa capacité inédite à relever les data de minimum 5 paramètres vitaux, sans fil et en continu. Autre plus du patch intelligent, il va redonner liberté et autonomie de mouvements au patient avec la garantie de rester monitoré. À part les cas admis aux urgences et/ou placés en soins intensifs sous suivi « classique », tout autre hospitalisé serait équipé de ce patch plus confortable que l’appareillage habituel. »

Quel défi rencontrez-vous dans la personnalisation des soins de santé? Les nouvelles technologies peuvent-elle être une solution?
« Notre solution patch va aider le personnel infirmier à mieux se concentrer sur le bien-être du patient plutôt que de mesurer plusieurs fois par jour tous ces paramètres. Ce qui prends du temps, à faire et puis à encoder. Les soignants libérés de ces tâches, notre solution relève le défi crucial d’une personnalisation accrue des soins de santé. En effet, les visites des infirmières aux patients ne vont pas diminuer, c’est la teneur des soins donnés qui va évoluer. Ainsi que la qualité de relation avec le patient. L’aide-soignante pourra s’intéresser davantage à chacun et à son ressenti, se concentrer sur l’humain plus que sur le recueil de data. »

Quelle est l’attitude du patient par rapport aux avancées technologiques?
« Notre board médical, qui encadre le projet, rapporte que l’idée d’être monitoré en continu rassure beaucoup de patients, également assurés que leurs données ne seront jamais perdues. Les dimensions autonomie et confort sont aussi positivement accueillies car l’hôpital n’est jamais une expérience très agréable. L’arrivée du patch connecté est donc saluée, pour peu qu’il ne remplace pas les contacts humains. Enfin, un patch c’est moins impressionnant qu’une batterie d’appareils. D’abord testé en hôpital, le but est d’étendre son usage pour de la télémédecine, des suivis à domicile, en maisons de repos ou dans des services pour enfants et prématurés. Là, ses atouts de confort, d’hygiène, de portabilité et sa taille mini prendraient tout leur sens. »