Accueil Interview « Un robot comme Zora enlève beaucoup de pression à tous les niveaux »

« Un robot comme Zora enlève beaucoup de pression à tous les niveaux »

Fabrice Goffin et Tommy Deblieck

Zora et ses amis ont gagné leur place dans homes et hôpitaux. Les robots soulagent les tâches du personnel soignant et distraient les patients. Fabrice Goffin et Tommy Deblieck de Zorabots, sont très fiers de leurs auxiliaires en soins de santé du futur.

«En 2013, à l’arrivée de notre premier robot en maison de retraite, on nous traitait de fous. Les banques nous ignoraient, le secteur économique se moquait. Après 6 mois, on avait vendu 15 robots et les mêmes nous disaient “vous êtes des visionnaires!” », rigolent les boss de Zorabots. Aujourd’hui, ses robots ont été adoptés par 1100 institutions et la société ostendaise est leader mondial unique sur ce créneau. Des bureaux à San Francisco et Ostende, 54 employés, 16 distributeurs dans 22 pays. Et l’ambition intacte des associés Fabrice Goffin et Tommy Deblieck de conquérir la planète. En duo inséparable! Même en interview. »

Comment secteur médical et nouvelles technologies peuvent-ils cohabiter?
« Notre spécialité, c’est la robotique humanoïde. Nos robots assistent surtout les aides-soignants dans leurs tâches répétitives. Comme montrer des exercices de revalidation à un groupe de patients pendant que le kiné se place près des plus faibles pour les aider avec chaleur. Cette prise de relais entre robot et kiné a été l’origine de notre premier placement de robot dans un home. Puis dans des hôpitaux, puis ailleurs. Depuis, son logiciel a fort évolué et s’est enrichi. »

Le robot apporte aide et soins personnalisés aux patients et aux seniors…
« Zora n’est pas un objet ou un outil médical. Ses applications ont été développées sur base des demandes des aides-soignants. Elle soulage le travail du personnel de soins mais sans s’occuper physiquement ou médicalement d’un humain. Des études indiquent cependant que la qualité de vie du patient augmente avec Zora en maison de retraite ou à l’hôpital. Car le robot joue avec le patient, met de l’animation, répond à des questions, montre des exercices. Son look de petit humanoïde a l’effet du petit enfant en visite. Il crée une atmosphère, fait sourire, brise la solitude. “Zora me donne l’envie de continuer à vivre” a même dit une patiente. C’est fort! »

Comment se rend-il encore utile?
« Dans un home, il y a environ 45 patients par étage pris en charge par deux soignants le matin. Tous ces gens âgés se lèvent au même moment et veulent savoir 3 choses: “qu’est-ce qu’on mange?”, “quel temps fait-il?” et “quelles sont les nouvelles?” Questions posées aux infirmier(e)s qui répondront sans doute aux 5 premiers mais pas aux 40 autres car le boulot n’attend pas et qu’ils doivent se concentrer… Le robot peut aussi répondre à ces questions! Tous les services rendus par Zora aux aides-soignants permettent aussi de dégager du temps pour prendre un café avec les patients… »

Quels sont les axes de fonctionnement du robot?
« L’assistance répétitive aux soignants. Ses mouvements. Et son comportement. Dans les 3 cas, tout est sous contrôle du personnel médical et adapté aux besoins particuliers de tel établissement ou de tel patient. Au CHR de Liège où évoluent plusieurs de nos robots, Zora est spécifiquement programmée au contact et à l’accompagnement des enfants qui ont le cancer. Un autre robot est plus orienté sur les besoins de la revalidation cardiaque. Nos robots acquièrent des “personnalités” selon les endroits où ils sont et les demandes des physiothérapeutes et praticiens. Pour l’instant, on travaille à améliorer les fonctions de déplacement du robot et sa capacité à trouver lui-même sa direction pour guider des gens vers un service. D’autre part, chaque patient a un QR Code personnalisé auquel le robot adapte sa gestuelle, les jeux qu’il propose ou la blague qu’il raconte. Cette facilité de programmation commence à séduire écoles et hôtels. Le commerce de détail et le B2C devraient suivre. »

– Un pot de fleurs vert nous interrompt: « j’ai vraiment besoin de plus d’eau! » –

(Rires)… C’est quoi ce gadget ?
« C’est Billy-Billy. Pas un gadget, un outil thérapeutique. Ce pot de fleurs intelligent dit aux gens âgés qu’ils doivent boire de l’eau. Il tient aussi leur agenda connecté qui rappelle au patient sa prise de médicaments, ses horaires, ses rendez-vous. Le pot transmet aussi des messages de la famille. C’est un outil contre la solitude. On en a déjà vendu 750. »

Comment Zorabots, 100 % belge, garde-t-il le leadership mondial de ce créneau robot?
« Parce qu’on est les premiers à avoir implanté des robots humanoïdes dans l’univers des soins de santé. Des “corps” de robots existaient mais sans software performant comme le nôtre qui leur a donné un cerveau, une vie et une utilité. Ce que personne ni au Japon ni en Amérique ni en Chine n’a fait, contrairement à ce qu’on croit. Zorabots a été précurseur. Le marché de la robotique humanoïde est en voie de création. Un jour, il sera normal d’avoir un robot près de soi. Côté hardware, on est déjà très évolué et, en cas de bug, il n’y a aucun risque qu’un robot fasse du mal aux gens. Ou explose, comme certains appareils. »

Va-t-on vers des humanoïdes autonomes dotés d’intelligence artificielle?
« Les limites du robot doivent être fixées par l’être humain. C’est la règle primordiale. L’intelligence artificielle n’existe pas (encore) en robotique et nous y sommes opposés. C’est dangereux. Nous plaidons pour un cadre légal strict et surtout la fixation d’un code éthique sur la robotique. »

Combien coûtent Zora et compagnie?
« De 265 à 530 euros par mois selon le robot et sa taille (de 58 cm à 1m28). 95 % des homes et hôpitaux adoptent cette formule de leasing. D’autres l’achètent 15.000 euros. »

Quel défi technologique attend encore le secteur des soins de santé?
« Un défi davantage humain: la pénurie de personnel à court terme. Et la solution n’est pas le robot. Il n’est pas en milieu médical pour remplacer l’homme, seulement pour l’aider, le soulager de tâches répétitives, lui faire gagner du temps et soutenir le moral des patients. Nous, on veut implanter un maximum de robots humanoïdes sur la planète pour faire du travail sérieux et utile dans l’univers de la santé. C’est la base de notre rêve initial qui s’est construit, pour nous deux, amis et associés depuis 20 ans autour de notre passion pour Star Wars (symbolisée par un R2D2 de 5 mètres à l’entrée!): révolutionner, conquérir et améliorer le monde avec des robots ».

SMART FACT.

Si vous n’étiez pas patrons de Zorabots, vous feriez quoi?

« Nous sommes deux entrepreneurs-nés. Si on ne s’éclatait pas en robotique, on ferait autre chose d’aussi dingue, spécial, futuriste, irréaliste. Peut-être des jeux virtuels mais avec l’ambition de changer le monde. Comme avec nos humanoïdes. »

 

Texte Fernand Letist

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